vendredi 4 juillet 2008

18h03

La chaleur est là accablante, je suis assis dans ce train qui me conduit en un saut de puce vers la capitale. Nous avons souvent parlé de ce jour, de ces deux nuits. Ces deux nuits qui débuteront ce soir. Deux nuits dans le cœur étoilé de la ville lumière, deux nuits seuls au monde dans cette petite chambre d’hôtel aux couleurs Pop Art, parfait pour l’artiste que vous êtes. J’aime la couleur de vos mots Madame, j’aime vous fournir des crayons colorés pour que vous puissiez y tremper votre encre et vous ancrer en moi avec cette force qui est la votre.

Il y a peu nous étions deux inconnus… aujourd’hui que sommes nous devenus l’un pour l’autre ? Une question à laquelle il m’est difficile de répondre. Vous étiez seule, j’étais là. Vous étiez là, étais je seul ? Vous espériez un homme qui puisse vous apporter la sueur de vos rêves, qui puisse au contact de votre peau mettre en relief vos mots. Vous étiez si désemparée que je n’ai eu qu’un désir vous ouvrir mes bras, vous offrir un refuge, un petit havre de paix loin des épreuves que vous traversez. Je ne voulais rien préméditer, non, vraiment, sincèrement, je ne souhaitais qu’une chose ce jour là vous offrir toute la tendresse dont j’étais capable. Les jours passaient et je devinais à travers vos mots quelques sourires ensoleillés, cela me suffisait. Je vous faisais voyager au travers de petites fenêtres, coin de ciel bleu imaginaire aux couleurs des terres de Provence. Je vous ai montré mes montagnes, je vous ai offert quelques bribes musicales. Et le tout à pris corps. 

Vous Madame, femme Maîtresse, intransigeante, sévère, fantasmagorique. Vous qui avez de nombreux hommes à vos pieds, vous vous êtes attendrie pour le petit bout d’homme imparfait que je suis. Un petit miracle que je ne porterai pas devant l’église. Non. Un petit miracle qui sera la base de notre cathédrale, celle où déjà nos mots se sont rencontrés, si bien rencontrés qu’ils se sont aimés, aimantés, accrochés. Est-ce possible ? Est-ce possible que lorsque j’écris un mot vous puissiez en rêver un autre qui en fera naître d’autres de mon côté, une émulation littéraire, poétique, magique. Lorsque je vous ouvre mes mots, ils coulent comme les sources qui naissent sur mes terres. Je n’ai pas besoin de les penser, je n’ai pas besoin de les pousser. J’ouvre la porte, ils m’envahissent, ils meublent les petites pièces de mon imaginaire, construisent des palais, des cathédrales, des paysages. Ces paysages que j’aimerais vous montrer. Des paysages des hauts plateaux, les hauts près verdoyants de la marche des champs de fleurs, mille couleurs et un ciel, un ciel bleu. 

Oui Madame, ma très chère princesse, nos deux prénoms s’accordent, comme un signe, une mythologie qui nous est propre, une mythologie qui devient réalité. Je veux soigner votre âme, vous apporter la joie, vous donner l’impulsion. Je sais que mes mots vous enveloppent. C’est une sensation apaisante, étrangement apaisante, comme si ce petit fil invisible que nous construisons au fil des jours produisait une sonorité qui nous est si propre. Avez-vous déjà entendu le son du vent caressant les champs de blé d’or, un son qu’il suffit d’écouter, fermer les yeux, et seulement écouter, un son venu du fond des âges, un son que nous avons en commun l’un et l’autre, un dénominateur commun, une construction mélodique que nulle autre ne peut entendre. Vous et moi. Je l’entends, je sais que vous l’entendez, et je sais que vous ressentez cette musique comme je la ressens moi. Une évidence. Il n’y a pas d’autres mots. Il est rare de rencontrer celle que l’on rêve. Mais lorsque cette rencontre se fait même, quelque soit la distance, une âme sœur, une âme parallèle, proche et lointaine, mais si intime, si propre.

Nous avons échangé quelques mots, moi qui me cache derrière mon clavier, moi qui ne sait pas parler au téléphone… nos cœurs se sont emballés, ils cognaient fort et c’était bon. Nous avons longuement discuté, et je me suis senti bien, là, votre voix au creux de mon oreille, votre léger accent rauque, si charmant, si apaisant. Nous étions là, combien de kilomètres ? Plusieurs centaines peut-être un millier, mais aucune distance ne nous séparait. J’ai aimé nos silences, j’ai aimé la tonalité de nos silences. J’étais bien voilà tout. Oui juste bien et parfaitement à ma place, là, tout à votre côté. Je ne saurais dire comment ce petit miracle s’est produit, mais je sais que désormais nous avons notre propre cathédrale. Il me suffit de fermer les yeux pour sentir le souffle de vos lèvres effleurer ma peau, s’engouffrer dans les colonnades de marbre blanc s’élevant haut vers le ciel. 

Un souffle qui se rapproche chaque minute un peu plus. De sauts de puce en sauts de puce, me voilà vêtu de mes bottes de sept lieues et je me rapproche. Serez-vous là dans une heure, lorsque je poserai le pied sur ce quai de gare ? Gare de Lyon, 18h03. La foule partout autour, le bruit des trains qui rentrent à quai, des voyageurs se pressent, vous êtes là, enveloppée d’une aura que je ressens au plus fort. Les gens vous effleurent, majestueuse, vos paupières closes, vos lèvres souriantes. Je vous devine prise d’un vertige délicieux, imaginez tous ces gens qui s’affairent autour de vous, une course de vie, une fuite vers l’avant, des sons, des sons et des brouhahas, les secondes passent et le temps ne s’écoulent plus. Il y a cette masse de plus en plus informe, de plus en plus lointaine, un écho de plus en plus faible. Et il y a vous et moi de plus en plus concrets, de plus en plus précis, de plus en plus intense. Vous n’avez pas besoin d’ouvrir les yeux, vous savez précisément à quel moment se fera le contact de nos deux corps. C’est inscrit là, c’est en nous, c’est à nous. Vos mains longent votre corps, mes mains se posent contre les votre. Je ne veux pas que vous ouvriez les yeux, attendez… je ne dis rien, je ne prononce mot, pourtant vous m’entendez, vous restez passive, lascive, vous attendez, vous détaillez chaque fraction qui parcoure nos sens, à l’écoute de votre cœur, à l’écoute de votre sang. Ma main gauche se glisse dans votre main droite, ma main droite dans votre main gauche. Je prends vos mains, et d’un mouvement qui pourrait ne pas avoir de fin, je relève vos mains vers mes lèvres. Un baiser sur votre main droite. 

Bonjour Sorcha.

Un baiser sur votre main gauche. 

Bonjour Sarah.

Les deux femmes réunies.

Vos deux yeux me regardent, points fixés dans mon regard gris bleu parsemé de petits grains chauds façon mika, eaux fluctuantes. Et nous lisons au fond de nos âmes. Seriez vous ma jumelle, mon double moi, pour que je puisse lire de la sorte au travers de votre être ? Dans cette vaste fourmilière il n’y a pourtant que vous et moi. C’est étrange ce calme qui nous encercle comme si nous venions de plonger dans les profondeurs d’un océan dont nous détenons seuls la cartographie. Il n’y a pas d’autres mots à dire. Une évidence. Une étrange évidence. Nous continuons à nous regarder, émus l’un et l’autre le cœur battant, je sens mes mains tremblantes d’émotions. La rencontre est belle, elle ne pouvait être autrement. Petit amas de magie entre deux corps entre deux êtres, concentration d’essence, homme et femme. Je sais que vous n’avez envie que d’une chose, un baiser. La pensée me parcours depuis des temps qui me semblent immémoriaux, mais je ne veux pas me presser. Je veux prendre le temps, je veux savourer, je vous ouvre mes bras. Refuge masculin, protecteur, vous vous y lovez, vous la grande Sorcha, laissant place à la petite princesse des songes. Vous êtes bien là contre moi. Parfum d’hypnose. Parfum de moi. Parfum for her. Parfum de vous. Je dépose un baiser sur votre tempe, là où bat votre sang. Et je sens vos digues se rompre. Tant de tempêtes traversées, tant d’obstacles ces dernières semaines, tant de violences, de dédain, de pulsions et de rejets, que cette simple offrande vous fait chavirer ma belle Sarah. Je vous prends dans mes bras, je vous laisse m’émouvoir. Reposez vous, je suis votre cocon, appuyez vous contre cet arbre au profil fragile mais rassurant. Je deviens votre matière, je prends corps, modelez moi à votre guise. Vous voulez de la douceur, tenez je vous l’offre. Vous voulez un roc, le voici. Vous voulez un fleuve calme, laissez vous porter par mes flots somnifères. Je peux être le maître du temps, je peux être le maître des lieux, je peux être le maître des matières, modelez moi. Donnez vous à moi, Sarah, Sorcha, Madame, vous, toi. C’est toutes les femmes que je veux, toutes celles qui sont en vous, je veux les voir, je veux les découvrir.

Je vous prends la main, je vous offre mon bras, venez Sarah, nous allons créer notre univers à nous, à nous seul. Entre vous et moi il n’y a pas de règle écrite, il n’y en aura jamais, un regard, un souffle, un geste esquissé, un mot, le début d’une phrase, nous nous comprenons si bien. Pourtant vous m’êtes mystérieuse, mystérieuse lorsque je vous imagine avec ces autres, ces hommes qui vous sont soumis. J’aimerai vous voir à l’œuvre. Vous devez être belle lorsque vous les dominez. Vous devez être belle lorsque que vous les punissez. Vous devez être belle lorsqu’ils vous servent docilement, amoureusement. Ce mystère j’aimerais le connaître. Mais je voudrais tant d’autres choses de vous, car celle qui me donne l’émotion c’est vous Sarah, celle qui me donne le désir c’est vous Sorcha, celle à qui je veux offrir ma trendresse c’est vous Sarah, c’est vous Sorcha, dame aux yeux de chat. Féline, divine, impératrice, fragile et spontanée, rêveuse et sensuelle. Un mystère. Nous sommes là dans cette petite chambre, un lit, et de belles couleurs rouges, jaunes, bleues, nous allons vivre ici notre belle histoire. Nous allons la débuter dans ses draps, enlacés. Un Condrieu, il faut fêter cela, pour vous je déroule le tapis rouge. Notes florales, épicées, agrumes et fleur blanche. Une explosion dans nos bouches, une explosion dans nos corps, arôme complexe, longueur en bouche et épaisseur sous le palais. Premier baiser échangé, il ne se terminera jamais, car ce baiser ce sera notre première fois. Nous étions vierges de nous, nous ne le sommes plus. Nos têtes tournent, nous sommes pris d’un vertige exaltant. Un petit tourbillon nous emporte.

Magie de deux nuits. Des corps qui s’apprivoisent, des corps qui se dévoilent, des corps qui se découvrent, tant de choses à mettre en mémoire qu’il faut tous nos sens pour les caresser. Il nous faut goutter, lécher, regarder, sentir, griffer, toucher, caresser, étreindre, mordre, baiser. Nous divaguons, un petit nuage que nous ne rêvons pas, un nuage qui nous soulève, qui nous pénètre, qui s’immisce en nous, au plus profond. Il n’y a plus aucune prise à espérer, juste se laisser glisser, saoul de nos âmes, jamais nous ne pourrons être repus l’un de l’autre. Vos grains de beauté, des myriades de petits points que je veux baiser. Je les embrasserai tous. Je vous chatouille, je suis votre petit diable. Un diablotin à la peau soyeuse et aux caresses légères. Fusion de nous. Que c’est bon. Je me retrouve contre vous, du repos, le calme, le souffle coupé, la sueur chatouillant nos reins, je suis contre vous, là, derrière, mes hanches calées contre les votre, mes lèvres sur votre nuque, mon souffle sur votre peau. Une main sur votre cuisse, l’autre longe votre corps sirène, je serpente, sans bouger, je me fonds en vous, je vous pénètre, doucement, je vous fais l’amour, des instants volés à l’éternité. J’aimerai vous aimer. Mais serez-vous là ? Sur ce quai Gare de Lyon à 18h03 ?

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