vendredi 18 octobre 2013

Douleur

Ce fut notre nuit la plus longue. La plus provocante, peut-être. Une nuit des plus folles, sans aucun doute. Et des plus douloureuses.
Dans un hôtel qui ne ressemblait à rien, ou plutôt à tant d'autres. Une chambre sans âme où beaucoup nous ont précédés et où beaucoup nous succèderont. Dans ce confinement gris, assemblées contre la cloison, des planches en formica en guise de bureau. Sur les murs, une moquette poussiéreuse, et sur la couche, un dessus-de-lit taché. Je me souviens même d'une toile d'araignée oubliée au plafond.
A l'entrée de la chambre, sur la gauche, la salle de bains qui fait office de toilettes. Au-dessus de l'unique lavabo, le miroir est piqué. Et la baignoire émaillée et très étroite, encore à demi pleine d'une eau qui commence à croupir. Il y a quelques heures, nous y avons serré nos deux corps et la nuit a alors commencé.
Quand tu es entré, tu as jeté ton téléphone sur la chaise recouverte d'un velours douteux, à côté du bureau. Il n'a pas cessé de sonner dans le vide. Puis tu as fini par l'éteindre.
A l'étage supérieur, dans une chambre en tout point semblable, une femme officielle.
Et tout d'un coup, tu as crié de cesser. Tu disais "Arrête, je t'en prie, arrête!"
Tu t'es assis sur le lit.
Tu m'as empoignée par les bras et tu m'as secouée violemment, comme si tu voulais me réveiller d'un mauvais rêve, comme si tu voulais me rendre à une réalité si déchirante. Ou peut-être même souhaitais-tu me faire mal, me punir.
Jamais je n'avais vu tes yeux s'exprimer comme ce soir-là, jamais je n'avais connu ton visage convulsé comme à cet instant, dévasté par la douleur, le chagrin, la peur et je ne sais quoi encore, révolté par l'injustice et l'insupportable.
Tu me secouais encore, et tu criais toujours, les sanglots étranglant ta voix et les larmes débordant de tes yeux : "Est-ce que tu le sais, est-ce que tu le sais que je t'aime plus que tout? Est-ce que tu le sais que je t'aime plus que tout?"
Je souhaitais te calmer, je voulais que tu cesses de pleurer. Je caressais tes cheveux, j'effleurais ton visage, j'essuyais tes pleurs. Je te prenais dans mes bras, je te serrais contre moi. J'embrassais ta bouche, je baisais tes yeux, j'avalais tes larmes. Je voulais te rassurer, te consoler. Mais surtout, je ne supportais pas de voir ta douleur, ton chagrin. Si nouveaux pour moi. Impensables quelques minutes avant. Signes de victoire pourtant.
Et je te murmurais à l'oreille que moi aussi je t'aimais très fort, que je ne voulais pas que tu en doutes, que l'amour me dévastait aussi et qu'il faisait mal si souvent.
Mais à cet instant, tu te fichais de mon amour, tu ne pouvais pas l'entendre, et il ne te réconfortait pas. Et sans doute avais-tu raison, sans doute devenait-il ridicule devant la folie et la douleur d'un homme inconsolable, qui aimait plus que tout, d'un amour qu'il pensait impossible.
Non, je ne pouvais pas te calmer. Et tu haletais maintenant : "Est-ce que tu le sais que je t'aime plus que tout? Est-ce que tu le sais? Est-ce que tu le sais, que c'est l'enfer tous les soirs quand je me couche et que tu n'es pas là? Est-ce que tu le sais, que je t'aime plus que tout?"

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire