Accéder au contenu principal

Les petites boites #2

Je me souviens de ses lèvres. Je me souviens de sa peau, de ses nuances, de sa douceur. Je me souviens de ses lèvres. J'aimerais tant les embrasser à nouveau. Les sentir courir sur ma peau, m'embrasser, me découvrir doucement. Gastronomie du plaisir charnel. Je me souviens de son cul, de mes mains trop maladroitement déposées sur ses fesses, glissées sous sa jupe, parcourant pour trop peu de temps les courbes expressives de sa chair.

Ma grand-mère conservait sucre, café et chocolat dans des petites boites métalliques ornées de monuments le plus souvent parisiens. Je me souviens avoir regardé rêveur les voyages qui se dessinaient sous mes yeux alors même que ces petites boites étaient déposées sur une étagère ornée d'une dentelle blanche sans doute réalisée par ses soins. L'hiver le poêle à bois chauffait la cuisine, seule pièce chauffée de la maison. La pièce des grandes assemblées. Les cousins, les oncles, les tantes, les grands parents, les parents, les frères et les sœurs. L'ambiance était belle et joyeuse. Les murs obliques suintaient une humidité qui perlait sur la peinture gris-verte, les vitres s'embuaient de nos réunions dominicales hivernales.

Sa grand-mère conservait d'autres choses, mais pas dans des petites boites métalliques. Non, dans un linge, seulement dans un linge. J'imagine que l'ambiance des réunions familiales devait être tout aussi chaleureuse, pourtant il n'y avait pas de boites à l'effigie de Paris ou de la cathédrale du Puy en Velay, non seulement un linge. Les murs ne transpiraient pas de l'humidité ambiante.

C'est peu de choses, et pourtant c'est beaucoup à dire. Je ne cesse de repenser à ce linge et à cette boite métallique. Ce sont des souvenirs magnifiés qui parlent d'histoires semblables et pourtant d'histoires différentes. Et cette différence me parle, me questionne, elle aiguise ma curiosité, me donne envie de la découvrir, de la connaître.

Elle est unique pour moi. Peut-être parce que sa peau est noire et que ses lèvres me hantent. Peut-être parce que son histoire, ses racines sont à des milliers de kilomètres des miennes. Elle a le charme de son pays, elle a la sensualité qui est la sienne, celle que je lui prête aussi. Elle a des rêveries qui me touchent, elle a un corps que j'explorerai un jour. Je serai ce jour là son découvreur, mes mains seront des compas là pour cartographier ma terra incognita, entreprise perdue d'avance tant ma mémoire ne parviendra pas à tout mémoriser d'elle.

Alors dans quelques années, quelques dizaines peut-être, je me souviendrai de ses lèvres, de mon regard sur sa peau noire aux reliefs changeants et de ce lieu où nous nous sommes donnés ce seul baiser. Je me souviendrai de peu de choses, mais suffisamment pour faire renaître mes ressentis et revivre en mémoire des scènes approchantes. Cet exotisme, son unicité, car pour moi elle est aussi la seule et unique femme noire que mes yeux ont dévoré, que mes mains ont caressé et que mes lèvres ont embrassé.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Un monde en soi

Chaque chose était vivante. Chaque chose était mémoire. Chaque objet était une part d'elle. Chaque objet était elle. Elle était ces objets. Ils étaient elle, sa propriété, son domaine, son monde à elle. Disposer des choses était une nécessité absolue de sa vie. Les faire siens c'était maîtriser un monde, un univers qui lui était propre, univers secret, inconnu, inabordable pour quiconque n'aurait pas été dans sa peau ou dans sa tête. Qui saurait déchiffrer le sens que prenait pour elle cette large tête sculptée qui trônait fièrement à proximité de son lit ? Travaillée dans un bois de noyer aux teintes ambrées, cette crinière sauvage prenait à ses yeux l'écho d'une chevelure de femme s'ouvrant partiellement sur le front équidé d'un animal aux naseaux puissants et au regard fier, un regard porteur de mythes aux chevauchées et aux combats fantastiques. Qui pouvait comprendre que l'anthracite et le gris de lave des tapis épais qui gisaient en rectangles sé…

La nuit rêve à l'aube

Vent glacial tempête au dehors Gris neige et pluie, chacun passe Marche et vite Sâle lumière blême de l’aube Les noctambules sont restés
Au lit
Souffle chaud fondant comme de l’or Nuit rouge et carmin, charnelle masse Battements vifs Belle lueur faible crépuscule Les amants ont retrouvé
La vie
Ils sont là au dehors les bourlingueurs Du marché les mains glacées Légumes d’hiver Le nez rouge sans l’alcool Les dormeurs sont encore à rêver
Leur nuit
Ils sondent l’intérieur le vrai bonheur De l’étreinte les mains chaudes Mangue charnue Les coeurs vibrent à l’aube Il est temps de sombrer dans nos rêves
A l’aube

L'intime et les jeunes femmes

Peut-être l'avez vous déjà vu chez Dita, pour dire vrai, je me dis que les quelques qui lisent mes quelque mots doivent nécessairement lire ceux de Dita. Notre salon de thé est parfois partagé. Pour dire vrai aussi, je ne sais pas même à qui je m'adresse. Une vingtaine de passant, quelques têtes connues sans doute, mais qui d'autre ? Une question qui n'appelle pas de réponse. STOP !! j'arrête de digresser, je gâche tout.

Chut, installez-vous, laissez-vous porter :