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Le buveur d'encre

Je me couche un soir et me réveille un autre. Je me plonge dans sa vie, caresse son encre et devient le buveur de vice, son buveur d’encre. J’apprécie les encres sombres, celles dont on ne distingue les formes que lorsque la flamme gît contre, celles dont on ne parvient à saisir la morsure que lorsque la cire pourpre vient s’écraser en cadence et iriser la surface en un mouvement d’onde aléatoire mais ordonné. Mes journées sont grises et mes nuits blanches, ma maîtresse est de jais, elle a du naître obsidienne tant ses reflets sont noirs, elle est sombre et le reflet qu’elle me donne m’habille de son art démentiel, élégant et pervers. Mes maîtres mots sont des lettres de sang qui ont pris naissance un jour où cherchant ce que je pouvais lui offrir m’est venue l’image troublante et le désir anxieux d’une main gauche dont la diagonale était traversée par la lame lumineuse d’un couteau de cuisine affuté.

J’aurais du couper, trancher à vif comme ce jour où par accident la lame a dérapé et a ouvert la chair musculeuse de la tranche de ma main gauche. Entre les plis formés par les gestes quotidiens et irréfléchis, a pris naissance une entraille, une faille comme un pli qui cette fois prenait sens. La fascination était neuve, je contemplais mon corps du dedans, je détaillais la plaie qui ne saignait pas et qui pourtant était profonde. Mes pensées sans aucun besoin de les guider ont pénétré ma chair pour y retrouver mon impératrice dans un principe de vie et de mort. Est venu le temps de la palpitation de la petite blessure merveilleuse lorsque mon sang, enfin décidé, s’est acheminé pour prendre sa gorgée d’air frais. J’étais heureux de sentir cette douleur amplifier ma vie. Je devins paniqué l’instant d’après lorsque mon esprit s’est mis à imaginer que la faille allait grandir jusqu’à me pourfendre en deux parties inégales.

Elle est mon extrême opposée et si ma raison n’était pas si forte, si ma vie n’était liée à aucune autre vie, je confierais la mienne à sa perversité égoïste et me laisserais emporter et détruire par sa folie séduisante et symbolique. Elle m’est dangereuse, je l’aime et la remercie pour cela, comme je me dois de la remercier pour son amitié et son amour. Je suis devenu son buveur d’encre aux couleurs de pétrole raffiné. Je suis un être invisible, à ses côtés je me transforme et me multiplie, je prends vice, j’entraîne ma folie à marcher aux frontières interdites et inédites. Je me fonds dans tous les lieux, elle m’y pousse, je me fonds dans les encres des autres, je les digère, les ingurgite, les transforme, elle m’absout de ma culpabilité pour me féliciter de ce travail sur moi. Je suis capable de voler toutes les âmes pour les lui offrir avec la plus douce des innocences. Quels que soient ses jeux, je m’y plie en esprit et tente de lui prouver que ma banalité n’est pas un frein à la créativité étrange dont je suis capable lorsque je tourne la clef en sens inverse. Quels que soient ses arts je m’y convertis.

C’est ainsi que son encre tend à être mon écriture, mes propres mots, mes propres sensations, mes envies. Je ne cherche pas à comprendre, seulement à éprouver dans le transport de mes veines bleues toute la cérébralité de ses folies obscures. Droguez-moi, faites-moi goûter à ces impuretés prédatrices, j’aimerais avec m’assoupir dans les parfums des herbes résineuses, m’abrutir des rêves opiacés, me transporter dans une énergie extatique et créatrice. Vous porterez à mes lèvres le papier froissé et fin pour me nourrir encore un peu plus de vos volutes de sèches et de vices.

Mon impératrice n’a rien à m’ordonner. Pourtant je veux qu’elle m’ordonne, je veux que quelques lettres se glissent de mes iris à mon oreille, je veux qu’elle me pousse. Une envie d’abrutissement me rentre par les yeux, m’étouffe la bouche grande ouverte, plonge dans mes tripes et investit ma bite. Commence la litanie de l’engourdissement des drogues auto-produites à l’infini, c’est là, derrière ma nuque, une glande qui commande à l’esprit de se rendre en mode automatique et instinctif. Ma volonté est de lui offrir quelque chose de ma sexualité décadente, quelque chose, le tout est de trouver quoi. L’idée vient, elle jaillit et m’inonde de son évidente beauté. De l’eau, beaucoup d’eau, de l’eau qui coule, si j’avais une source je descendrais le chemin pour ouvrir la porte d’acier à la couleur de rouille, plonger le seau dans les profondeurs aveugles du puits au milieu des parasites aquatiques, minéral, animal ou végétal. Je le remonterais empli d’ombre lourde pour le porter à mes lèvres les yeux fermés et glisser le liquide resté opaque à ma vue jusque dans mon ventre.

A défaut, je lève la goupille vers le ciel et fait couler l’eau à grand débit, je remplis un grand verre coloré à plein, puis le vide en moi. Je recommence ainsi plusieurs fois, rapidement au départ, à grande goulée pour me saouler de rien encore plus vite et me rapprocher de l’œuvre que je vais réaliser pour elle. Je ne me demande pas si elle appréciera cette initiative ondine, ce sera le cas car mes audaces lui plaisent et la comblent toujours. Je m’en veux de ne pas compter, mais les multiplications m’ennuient en ce moment, la mathématique manque de relief et de magie, elle est partout mais elle n’est pas créatrice, alors j’imagine le nombre, je dois être à plus d’un litre, deux peut-être. Je poursuis la cascade de mes lèvres à mon ventre. Je suis forcé de ralentir le train tant l’écœurement commence à distiller quelques vains signaux d’alertes. Je ralentis mais je poursuis. Mon sexe se tend devant l’absolu érotisme de ce geste répété par tous de façon tout à fait intégrée, acceptée, quotidienne. J’aime à trouver de l’érotisme comme de la déviance dans les choses qui en sont a priori dépourvues. Le goût de l’eau m’envahit complètement et je me prends à rêver pouvoir en boire de nombreux litres mais mes limites physiques me rappellent à l’ordre. Je bois encore.

Je bande et me mets à m’abreuver au surplus de tout le déchet dont est capable la grande et paresseuse toile. Des films, des images, des sons, du pornographique gratuit, de la décadence par pile de cent, des hommes et des femmes qui deviennent trou, néant et pleins de vide. J’ingurgite une dose conséquente pour engourdir mon esprit et l’abrutir encore plus, je continue ma boisson d’eau plate et d’image salace, je recherche les vidéos française pour que l’effet soit encore plus saisissant de réalité. Je me rends dépendant de ces boissons interdites accessibles à tous, je me remémore ses mots bus qui m’ont si souvent porté loin et si près d’elle. Je bande de plus belle lorsque me revient à l'esprit le résultat que prendra mon œuvre à elle. Les minutes passent, plus d’une heure d’alcoolisme aquatique débridé, je n’en tiens plus je veux jouir et pisser dans le même temps, je veux éjaculer d’eau et de sperme. J’aimerais le faire là devant tous ces films, mais ma raison ne m’a pas totalement quitté et m’oriente vers la salle de bain.

En plein après midi d’octobre, dans le silence de ma demeure et de la rue, je me rends à la salle de bain qui deviendra pour l’heure le lieu de ma dépravation, me déshabille, monte le chauffage pour n’être envahi que de frissons de désir, de folie et de plaisir. Assis sur le bord inconfortable de la baignoire blanche, alors que mon imagination suinte des pertes noires, j’écarte les jambes pour avoir la vision majeure de mon sexe orienté vers le ciel ombrageux. J’avais envie de pisser, voilà que le processus physique ne s’accomplit pas. J’accoucherai donc de mon œuvre dans l’effort. Je contracte ma paroi abdominale mais rien n’y fait, le liquide reste dans le grand sac de ma vessie. J’appuie de mes mains sur la base de mon ventre tout en forçant. Je sens quelques sensations dans mon sexe toujours vicieusement dressé, je ne saurais dire s’il s’agit de mon urine ou de mon sperme, lequel des deux sortira en premier. Enfin quelques gouttes légèrement jaunies sortent du point d’ouverture de mon sexe, j’aimerais voir ce qui est au-dedans.

Quelques gouttes timides, puis vient un jet presque sans force alors que mes efforts voudraient qu’il y ait pression. Je sens ce liquide caresser mon sexe, se perdre dans mes couilles, il est chaud, la sensation est plaisante, elle est incomparable à l’eau échappée d’un pommeau de douche dont je pourrais me servir. Elle est incomparable car j’en suis l’auteur et qu’elle revêt le sens du don et de la folie. Les poils de mes testicules servent de ligne de chute, j’ai l’impression que des frissons y glissent en tirant comme en caressant ma peau. Alors je suis pris d’un empressement que je n’ai pas vu venir, je me mets à me branler et après une longue décharge parcourant mon échine, de la base des fesses jusqu’au cuir chevelu, mon sperme prend la suite de ce que j’ai bu, j’éjacule totalement prisonnier de la plus perverse des pensées narcissique, je porterai mes mains à mes lèvres en songeant que j’aurais aimé que vous puissiez me regarder dans ces instants de folie créatrice puis je laisserai mon sexe vider ma vessie dans un soulagement extrême de plaisir et d’incontinence. Ces sensations me reviendront à plusieurs reprises tant l’eau absorbée mettra du temps à retourner nulle part, et à chaque fois ce sera comme la sensation qu’une drogue circule en moi, focalisant mes pensées sur le corps, orientant mon esprit entre vos mains.



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