Ici, il ne se passe rien. Rien d’intéressant. Rien qui ne vaille la peine d’en parler à qui que ce soit. À qui pourrais-je bien parler d’ailleurs ? Je ne sais même pas si c’est une vie de passer ses journées dans cette plaine déprimante. C’est à peine si quelques arbres viennent ponctuer le paysage. Ça sent la terre grasse, noire et fertile, une odeur qui imprègne, une odeur visqueuse qui épanche doucement ses relents acres. Parfois la pluie fait remonter des odeurs plus malsaines encore, comme si la terre vomissait l’haleine fétide des soldats, morts ici au champ du déshonneur de la race humaine, tumulus des champs de betterave, quelques futaies perdues en de vagues lignes esseulées incapables de résister à la houle d’Éole. Ce vent est fertile pour ceux qui détiennent la terre, il est aride pour ceux qui ne peuvent rien en faire. Il chante les louanges des grandes familles sucrières. Où qu’ils vivent, quelle que soit l’histoire de cette terre, ils ont ici des rentes à exploiter d...