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Affichage des articles associés au libellé Formes poétiques

Popinée

 Clarysse distille les mots La parole douce et ténue Au compte goutte Elle écoute, elle l'écoute Sa parole tenue et le regard doux S'écoule dans ses yeux mangrove Protection de palétuviers Sourires timides et apaisants Retiennent l'eau douce et salée D'un regard de fougères  Tous deux obligés aux refuges Aux cachettes, aux baisers Secrets abrités du clan des tribus Elle a revêtu sa robe popinée Clarysse ne s'appartient plus

Ta peau île

 Ta peau serpent engloutit mes derniers mots dans quelque chose qui les triture, les déforme, leur donne nouvelle forme et de ça je suis totalement liquéfié. Je deviens la lave qui s'écoule sur la croûte, ce n'est pas que j’en viens à l'effacement, non, c'est, je crois, une épiphanie. Je dis le mot sans le comprendre, sans être certain de sa définition, le cerveau et les plis du cortex encore sensibles de tes coups de queue, de ta langue animale, de tes griffures sur mon corps. Est-ce que je vais redescendre un jour ? Je suis dans ta peau, je m'y glisse si aisément et pourtant c'est difficile parce que cela me prend de toute part, cela m’emporte, loin et haut. Je me fonds en étant une version de moi au centuple, une boule d’émotions qui submerge et engloutit toutes mes pensées, je n'ai plus de limite, plus de barrière. Je me répands et devient la peau sur ta peau, la peau de lait que le feu fait frémir. Qui sommes nous, de quoi sommes nous faits pour être si...

Satyagraha

 Votre souffle vos abandons je vois la chaleur lapée de la peau la fente mouillée humide pleine gonflée en bordures je ressens la tension l'abandon l'attention au coeur battre les lèvres j'ouvre les mots caresses les images venir en désordre je projette le cinéma du désir déchirer les pantomines défricher les ombres les poupées déshabillées je me dresse en chien siffle et ramène les grands les gros leurs sexes je presse les glands rouges carmins carnassiers et grenats leurs langues pendantes lapent lèchent bouffent dévorent les monstres fendent l'âme j'écoule le sang dans le noir et les recoins envahis le corps la dorure à l'ombre parer porter enlever le soulèvement jusqu'aux cris haut par delà les pics dans les profondeurs aux abysses je cède.

Le glissement vers ma nuit

 Ma main posée sur mon ventre L'autre sur mon sexe La nuit venue sous vos mots Si vous étiez canine, sachez-le J'étais langue Langue léchant votre peau Lapant vos saveurs Langue cherchant la mémoire du goût Happant la substance de votre présence  Vous étiez canine J'étais canin, j'étais chien Je vous léchais en mots Mot qui nappaient mon esprit Drapant le glissement vers ma nuit

De nous triturés (déformé)

 Passé minuit les doigts Dans le marc de café Où ? Ce qu’il en reste Je ne sais rien Lire de l’avenir Et replonge en passé Trois doigts Du petit au plus grand Passés sur mes lèvres Ornés de lumières En reflets Gravé en tes sillons Un peu de l’eau Naissance à  ma bouche Epaisse, chaude, duveteuse Presque C'était après Plongée Langue entre mes dents Susurrant là des sésames Petites graines sachantes Déjà  Toute ouverte du dedans Grand clerc de lune Devins succombant À l'envie au toucher Peaux pyromanes Main dans ton ventre À la tienne aux entrailles Ma terre Encore  Doigts cajolant Fond de la tasse Époussetant rêveuse Quelques grains éparses Entre Faïence et pulpe Débordement des grandes eaux Traces de chair Abandonnées Comme des morceaux entiers De nous triturés .

La récolte

 Je veux savourer le suc et le miel, le sucre et le ciel, le musc con el piel. Je veux savourer la langueur sous la langue, la pudeur sous la lampe, la ferveur des alcoves, l'ivresse des accords. Récolter ces fruits-là, boire ces jus-là.

Vrille-moi plus encore

 J'amasse sur moi quantité de peaux Je fais face à l'hiver à la glace Les neiges éternelles Cela me tient chaud dedans dehors En profondeur Après je gratte je creuse et j'invite  Creusez arrachez fourrez déchirez J'écarte je m'écarte j'ouvre grand toutes portes ouvertes  Vas y entre glisse tes mains là entre mes omoplates Il y a la peau dessus et dessous il y a la chair Laboure creuse le sillon amasse les chairs sous les peaux  Baise-moi sous la peau Vrille-moi plus encore 

Calédonie

 Houp géant Grand Kaori Sur nos peaux mortes Mille feuilles Nos pas s'enfoncent De grands arbres en ombres gardiennes Je frissonne de peur Lieu tabou habité des ombres Plus loin deux colonnes alitées Lignes mêlées cordylines Chambranles frôlant les cieux Plus loin encore les étoiles La grande case mystérieuse Le poteau central l'homme et la femme Plongée en des pins colonnaires Sous la croix du Sud La voix lactée en offrande Brindilles sous le pied Sous la main Sous nos cuisses Au dedans l’araucaria à l’étrange ramification Puis la rosée verte L’horizon rosé Le réveil des vagues Au loin sur la barrière

Mille éclats (à grands feux)

 Aux effacements sans bruit Cultures des limbes d'enfance Se meuvent sans ambages des terreaux de désir Terres fertiles, amazones et bruissantes Chant du Notou et mugissements de fauves Décor de jungle A l'abri du grand kaori et des bois de fer Pieds nus dans la glaise cuivrée Corps lourds marqués de morsures Ta peau blanche toute encrée de rouge Ta peau de lait sous la flamme Mon appétit vorace et monstrueux A grands feux 

Étoilés

 Écorcée La faine du hêtre La cire liquide de flamme  La gueule noire Nos corps drapés et obscènes Enchevêtrés Écorchées La châtaigne et sa bogue Le poil court de la barbe Abrasifs baisers Sur nos larmes averses Essorés Évidée  La coque du gland La hampe souillant la fente Accueillante nuit sombre Sous ton regard qui s'achève  Aiguisé Évadée La princesse du coquelicot Les cheveux emmêlés à pleine main Toute striée de jais Sur la peau de l'élève Échappée  Éviscérée Le brou de la noix L'étrange tâche immonde Entre la terre féconde et la mort Sous le pouce et tes lèvres Emmaillotée Étrillée La cabosse et sa fève La couronne sur la tête Le regard obsidien et le vide Sondant les tréfonds de nos sèves Éreintées Étoilés

Home sweet home

 Ton cul lampe Tes fesses abat-jour Ta croupe chevet Tes reins napperon Ton dos buffet Tes seins tableau Ta poitrine plante Ton ventre coussin Tes hanches commode Ton sexe fourneau Ton sexe flacon Tes poils plaid Tes poils brosse Tes pieds frigo Ta peau meuble Ta peau table Ta peau fenêtre Ta peau édredon  Tes grains téléphone Tes pommettes corbeille Tes bras tapis Tes bras porte-manteau Tes bras lit Tes lèvres armoire Tes lèvres tiroir Ta bouche garde-manger Ta bouche vide-poche Ta bouche livre Tes doigts porte Tes doigts poignée Tes jambes persienne Tes jambes rideau Tes jambes chaise Tes cuisses tableau Tes cuisses faïence Tes cuisses desserte Tes yeux douche Tes yeux miroir Tes yeux fenêtre Tes yeux balcon Tes yeux terrasse Ton souffle garde-meuble Ton souffle peinture Ton coeur chaudière Ton coeur matelas Ton coeur bibliothèque Ton coeur drap Ton coeur intérieur