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Crinière

Blessures d'étreintes Cavalcades chamades Ton cou crinière
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Le fruit de la langue

  Les heures sont douces et orangées en cette fin d’après-midi. La terrasse est baignée d’une lumière qui unit et qui bientôt finira par bercer le paysage. La chaleur desserre son étau peu à peu et la tonnelle n’est en cet instant plus que parure qui encadre la scène. Au pied du jardin en herbe un petit ruisseau chante sans couvrir la musique délicate des mésanges bleues, charbonnières et à longue queue. D’ici quelques heures quelques lampyres et lucioles offriront des étoiles sous la tonnelle. Le chat ira en jouer de sa chasse avant de se glisser dans les champs de luzerne à traquer mulots et campagnols qui, peut-être, finiront sur le pas de la porte. Autour de la table parme, deux chaises bistrot sont disposées, une femme et un homme y sont installés, proches l’un de l’autre. L'après-midi fut noyé de sommeil et de caresses, d’étreintes et d’étranges assauts, prolongeant la nuit, le matin et le déjeuner, plus en corps plus en âmes, et au dehors du cercle formé, plus en dedans enco

Ces ogres-là

 Ce soir l'orage guette. Il gronde. Se rapproche. Mauvais à n'en pas douter. Il est là sous la paume de ma main. Irradiant l'air que nous respirons. Il est là dans tes yeux. Tes yeux chargés de hargne. Tes yeux bleus qui se vident de lumière et ma rétine qui s'enferme dans l'ombre. Le crépuscule se fait, il n'y aura plus de jour. Plus de jour. Plus de ciel. Des nuages où se perdre. Des nuages et des éclairs, des tempêtes et des lames de fond. De répits, aucun. Voilà la nuit. Voilà ce que sera notre nuit. La nuit qui se propage, qui rampe sur les murs, court sur ta peau, dernière lueur avant le déluge. La nuit qui me fait peur, qui appelle le monstre, le monstre tapi sous le lit, dans l'armoire, dans mes veines, dans le sang qui afflue à mes tempes. Rythme violent, assourdissant, que le battement de mon sang. Le battement de ton sang. Ton visage déjà s'efface dans la nuit et je ne vois plus que la masse de tes cheveux hirsutes. Cette tignasse que je serre

Nouvelle Vague

 Elle est à ses côtés. Assis là sur le banc. Ils prennent le soleil. Un banc public dans l'ancien jardin de la trésorerie. Aujourd'hui, et sans doute depuis longtemps, ce jardin ne porte plus ce nom. Nom de l'avant révolution. Il pourrait lui dire tout cela et elle l'écouterait sans doute patiemment. Mais ils n'ont pas beaucoup de temps. De temps en temps, ils déjeunent ensemble. Ça leur arrive parfois. Pas si souvent en fait. Ils se voient peu. Et lorsqu'ils se voient, s'est généralement improvisé. Il en a presque toujours été ainsi. Pas toujours en fait. Car il y a eu des premières fois qui devaient se préparer. Ils ont tous les deux quarante ans et plus. Ce jour là c'était la première fois qu'ils se voyaient depuis le mois de juin. Le mois de septembre était là. Toujours l'été. Quanrante cinq minutes, peut-être une heure, c'est peu pour dire les choses. Alors les choses ne se disent pas. Ou alors qu'à demi-mot. Qui est-elle pour lui ?