A la lumière naissante de l'aurore au bout du bout de la nuit je me suis dévêtu pour arpenter enfin nu l'asphalte de la rue et franchir la grille de fer forgée qui sépare le monde d'avant et celui de ce jour au delà du petit ru tu étais là allongée dans la rosée des herbes drues encore noire toute d'humidité vêtue je n'ai pas su dire qui de l'homme ou de la femme étais tu encore à cette heure mais j'ai su que de mon ventre nu je devais me donner sans cri sans hâte et sans bruit alors dans un même geste crue je suis devenu vague caressante ondoyant de mon flux ta terre lisse sous ma mue j'ai frémi le long de mon sexe et j'ai su la jeune pousse sous le fruit mur coulant de murmures en murmures tu t'es gorgée à ton tour d'eau et de sucre à l'envie fourmillant en ton sein trouvant mon chemin sous l'humus tu avais deux sexes celui de l'homme et celui de la femme et ma bouche mandibule retenait en un dernier souffle la lumière de la lune sous ton croissant nacre suçant ta hampe tendue et léchant ta fente nue.
J’ai pris soin d’ouvrir en grand les rideaux du salon. Il fait nuit et pourtant c’est comme si nous étions au grand jour. Pleine lune ? Non, nuit blanche. Nuit blanchie de la poudre inhalée, nuit autrement blanche. Les flocons se sont figés sous la douceur du froid et le ciel illuminé par la grande ville rose se teinte d’une roseur de jouvencelle. Le parquet laisse éclore sous mes pas la complainte de nombreuses décennies. Il est sombre et contraste avec cette ambiance de bal masqué. Des vies se sont épanchées sur ces lames de bois, nombreuses, sans doute. J’aime croire que des amants s’y sont aimés avec douceur parfois, avec violence d’autres fois, oscillants entre amour et haine, pudeur et décadence. Des vies qui ont laissé toutes ces traces visibles ou invisibles. Entre toutes ces lattes imparfaites, rayées par des objets d’hommes et de femmes, il reste forcément un peu de l’essence d’hommes et de femmes inconnus. J’ai la même pensée lorsque je regarde la grande poutre aux siècles ...
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