Tout prendre, le bon le mauvais, le grain et l'ivraie, l'oeil du cyclone et l'origine du monde, le dernier souffle des soupirs en gerbes d'eaux, le vent dans les feuilles des peupliers, tu ne peux que plier, céder, te laisser emporter, respirer comme tu le peux le sexe profondément ancré, celui qui te dévaste, qui te souffle l'oraison, non loin de la bouche vorace qui te marque goutte à goutte diluant dans ton sang tes pupilles nacrées des vapeurs moites du trouble, il t'expire, t'arrache des murmures, jetée aux ronces d'Arménie, rougie comme sumac de Virginie, te voilà toute à toi, abandonnée, lascive et par l'instant possédée, recouverte d'un automne au pied d'un chêne rouge d'Amérique. Puéraire, chèvrefeuille, genêts, épervières et centaurées, plantes invasives que je sème sous ta peau.
J’ai pris soin d’ouvrir en grand les rideaux du salon. Il fait nuit et pourtant c’est comme si nous étions au grand jour. Pleine lune ? Non, nuit blanche. Nuit blanchie de la poudre inhalée, nuit autrement blanche. Les flocons se sont figés sous la douceur du froid et le ciel illuminé par la grande ville rose se teinte d’une roseur de jouvencelle. Le parquet laisse éclore sous mes pas la complainte de nombreuses décennies. Il est sombre et contraste avec cette ambiance de bal masqué. Des vies se sont épanchées sur ces lames de bois, nombreuses, sans doute. J’aime croire que des amants s’y sont aimés avec douceur parfois, avec violence d’autres fois, oscillants entre amour et haine, pudeur et décadence. Des vies qui ont laissé toutes ces traces visibles ou invisibles. Entre toutes ces lattes imparfaites, rayées par des objets d’hommes et de femmes, il reste forcément un peu de l’essence d’hommes et de femmes inconnus. J’ai la même pensée lorsque je regarde la grande poutre aux siècles ...
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