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Le bonheur, le désir et l'envie

"On dit toujours que l’important n’est pas d’offrir de bonnes réponses, mais de trouver les bonnes questions. Et notre époque, sur beaucoup de points, se plante de question. La question n’est pas « Suis-je heureux ? », mais « Est-ce que j’assume ce qui se présente ? », car vivre, c’est ça. Pour un peintre, ça passera par la création. Créer pour lui implique d’assumer un tas de choses : peut-être s’intoxiquera-t-il avec sa peinture, peut-être sera-t-il un paria et mourra-t-il dans la misère. Mais lui sait que sa vie passe par là, qu’il a quelque chose à chercher de ce côté-là. Il peut avoir de la chance, et être heureux tout en assumant sa voie, c’est possible. Mais l’inverse l’est également."

[...]

Si les adultes parlent en termes de menaces ou de prévention-prédiction, c’est sans doute parce qu’ils pensent que les temps actuels ne sont pas propices au désir, car il faut s’occuper de la survie. Et puis ils se disent qu’ « on verra plus tard pour ce qui est de la vie et du désir, quand tout ira mieux ». Voilà un piège fatal, car seul un monde de désir, de pensée et de création est capable de développer des liens et de composer la vie afin de produire autre chose que le désastre. Notre société ne fait pas l’apologie du désir, elle fait plutôt l’apologies des envies. Celles-ci sont une sorte d’ombre appauvrie du désir, elles sont tout au plus des désirs formatés, normalisés. Comme le dit Guy Debord dans La Société du spectacle, les gens ne trouvent pas ce qu’ils désirent, ils se contentent de désirer ce qu’ils trouvent.
Le grand défi lancé à notre civilisation est donc de développer des noyaux désirants, des pratiques concrètes à même de l’emporter sur les envies individuelles et les menaces qui en découlent. Éduquer au profit de la culture et de la civilisation, cela signifiait – et signifie encore – créer des liens sociaux et des liens de pensée. La menace, elle, est iatrogène, car elle tend à briser davantage tous les liens qui unissent les personnes.


 
 
+ extrait de "Les Passions tristes, souffrance psychique et crise sociale"
 
Miguel Benasayag

Commentaires

  1. très intéressant. Je vais écouter l'émission.
    Merci.

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  2. MarieO et Dita en mode intello de service ! On fait une belle triplette à nous trois !
    ;-)

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