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Articles

Scène 1

Sur ton sein,                   un baiser. Sur l'aréole,                   un ongle. Il arpente le relief. Sur la pointe                   mes lèvres,                                    ma langue et                                                    mes dents Comme une bague. Elles couronnent le chemin de ma...

En terre morte

Ici, il ne se passe rien. Rien d’intéressant. Rien qui ne vaille la peine d’en parler à qui que ce soit. À qui pourrais-je bien parler d’ailleurs ? Je ne sais même pas si c’est une vie de passer ses journées dans cette plaine déprimante. C’est à peine si quelques arbres viennent ponctuer le paysage. Ça sent la terre grasse, noire et fertile, une odeur qui imprègne, une odeur visqueuse qui épanche doucement ses relents acres. Parfois la pluie fait remonter des odeurs plus malsaines encore, comme si la terre vomissait l’haleine fétide des soldats, morts ici au champ du déshonneur de la race humaine, tumulus des champs de betterave, quelques futaies perdues en de vagues lignes esseulées incapables de résister à la houle d’Éole. Ce vent est fertile pour ceux qui détiennent la terre, il est aride pour ceux qui ne peuvent rien en faire. Il chante les louanges des grandes familles sucrières. Où qu’ils vivent, quelle que soit l’histoire de cette terre, ils ont ici des rentes à exploiter d...

L'indicible

Je tisse avec le temps l'histoire du rêve et la mémoire de l'attente maille mot mot maille je fais patienter la douleur du manque et l'avidité du corps j'écoute le récit de mes gazelles et de mes oiseaux je n'entends pas les tempêtes souffler à l'extérieur je ne vois pas la neige endormie dans mon lit Moi qui offre mes entrailles au printemps et qui fait naître de mes doigts l'arc-en-ciel Et comme si une voix étouffée me parvenait vers laquelle mon oreille se tend comme si quelqu'un pénétrait mes entrailles elle lui prête l'oreille et de temps à autre capte l'onde d'un signal elle l'habille d'un corps qui devient voix d'abord chuchotée puis s'élève la saisissent des doigts avides d'un corps à caresser à cajoler comme des pétales de fleur ou feuilles de fruit à palper en tremblant dans le duvet du ventre ou sous l'aisselle pénétrant la mousse veloutée d'un tendre passage ...

Miroir

Vendredi 13 février. Ce soir nous fêterons dignement votre naissance, je vous invite à sombrer un peu plus dans ce jeu qui fait de moi un tisserand appliqué. Je m’applique à tisser les fils qui vous mèneront à la découverte de votre pouvoir propre, cette force qui vous pousse à vous abandonner à moi, quoi que vous puissiez faire. Devant moi, sans vous effacer, vous ne pouvez qu’acquiescer, accepter et vivre cette douce folie. A cette heure, vous avez du trouver la clef de l’atelier, j’ai disposé pour vous une petite enveloppe pour que vous soyez prête lorsque je vous rejoindrai. Je laisse filer quelques minutes et décide de vous appeler pour vérifier que tout se déroule comme prévu. Mais vous n’y mettez pas du votre, vous rêvassez, je sens en moi une petite pointe d’irritation, au moins 5 minutes que vous êtes là et vous n’avez toujours pas ouvert l’enveloppe ! Impression désagréable que vous n’êtes pas à la hauteur de ce que j’investis dans notre relation. Je vous parl...

La silencieuse

Aux drapés des étoffes la peau se fond en de sombres précipices comme un néant sans écho, un lieu où la conscience de soi devient l’unique planète d’un univers autrement vide de vie. C’est le fruit d’une caresse, celle des draps de coton sur la douceur d’une peau singulière et féminine, c’est la vie même qui se concentre en un point, un point intime et autonome, un point secret et convoité. C’est cette vie des autres qui s’échappe et s’évade de tout ce qui la retient pour lui permettre de sonder ses propres pas abyssaux. Expérience des frontières que l’on clôt sans pensée par le seul geste, mouvement d’un ventre frottant le revers légèrement dense et enveloppant d’un matelas de latex transformé en fond d’océan. Il n’y a la ni lumière, ni bruit. La silencieuse prend vie. Elle croît de ses bribes autonomes, grains de sables étanchant la soif tumultueuse pour noyer l’ennui, pour étouffer le superflu afin de mieux irriguer l’essentiel par des débordements qu’un œil distrait ju...

Les nuits sans fond

J’étais au bar. Tranquille. Ma tête commençait à tanguer légèrement. Dure journée. Longue et dure. Plusieurs semaines que le stress allait croissant et dans quelques jours l’échéance. Succession de jour sans fin. Je me sentais l’âme d’un athlète avant l’épreuve finale. Beaucoup d’investissement, de sacrifice, d’effort et dans quelques jours, quel que soit le résultat… plus rien.  Un peu de répit et pourrait reprendre alors cette course folle des longues semaines qui se succèdent avant chacun des obstacles à construire. J’essayais de vider ma tête trop pleine. Projets organisationnels, management transversal, gestion des conflits, cadrage des équipes, lobbying, taux de rendement interne, décision, orientation, stratégie, reporting, contre-feu, coût global, coût caché. Coût indirect, à la tête de tout, sur tous les ponts, mais la tête trop pleine. Dans ma main un verre de Condrieu, accoudé à la diagonale du zinc mon regard se perdait dans les ombres. Devant moi des silhouettes, homm...