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Nos mains

Je te regarde
Je te regarde fumer
Je te regarde fumer l'herbe
Celle de la ferme
Tu fermes
Tu fermes les yeux
Ton visage droit
S'enferme droit dedans
Tu bascules
Ton visage bascule
Sans bouger la bascule
Cherche loin
Loin
De proche en proche
Si proche
Au loin dans le puits
Puis ta main
Ta main qui bascule lentement vers moi
Sur le côté
Sans regard
Sans regard autre que le mien
Sans regard autre que le mien sur ton visage
Tenant le joint
Aucune fumée
Tu gardes
Tu gardes tout
Ma main
Elle touche
Elle touche, la tienne
Elle touche la tienne, ma main, ta main.
Elles se touchent
Nos mains
La fumée
La fumée s'évade
La fumée s'évase
A mon tour je m'évade
Ta main
Ta main touche
Ta main touche ma main
Ta main touche ma main qui désire
Le désir
Le désir de ma bouche
Le désir de ma bouche langue
La langue qui lèche
Ton pied
La langue qui soigne
Ma langue qui panse
La langue qui caresse ton âme
L'envol de l'oiseau
L'envol de l'oiseau vibre dans l'air
Vibre sur ta peau
En lacets
Ma main enlacée
Ma main touche
Ma main touche ta jambe
Ta main
Ta main bouche fumer
Fumée volutes
Ma bouche ma main mes doigts
Mes doigts souche d'encre
Encrent ta peau
Teintes dégradées
Debout
Sur le lourd tapis
Sur le lourd tapis d'hiver
Mon ventre et l'été
Mon ventre ceint ton dos
Et mes mains courent sur toi
En fumée en nuage en petites touches
L'air
L'air chaud
L'air chaud se pare de tes frissons
Loin en nous
Nous sommes loin en nous

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Le parquet

J’ai pris soin d’ouvrir en grand les rideaux du salon. Il fait nuit et pourtant c’est comme si nous étions au grand jour. Pleine lune ? Non, nuit blanche. Nuit blanchie de la poudre inhalée, nuit autrement blanche. Les flocons se sont figés sous la douceur du froid et le ciel illuminé par la grande ville rose se teinte d’une roseur de jouvencelle. Le parquet laisse éclore sous mes pas la complainte de nombreuses décennies. Il est sombre et contraste avec cette ambiance de bal masqué. Des vies se sont épanchées sur ces lames de bois, nombreuses, sans doute. J’aime croire que des amants s’y sont aimés avec douceur parfois, avec violence d’autres fois, oscillants entre amour et haine, pudeur et décadence. Des vies qui ont laissé toutes ces traces visibles ou invisibles. Entre toutes ces lattes imparfaites, rayées par des objets d’hommes et de femmes, il reste forcément un peu de l’essence d’hommes et de femmes inconnus. J’ai la même pensée lorsque je regarde la grande poutre aux siècles ...

34 ans

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