Largue l'amarre, la main vissée, enchâssée, endiablée, la chair qui absorbe, la main qui prend et mes mots qui t'accompagnent, te bercent de houle, te perce de mouille, mouille baveuse, mouille argileuse et humide, collante et sale. Mots tantôt hauts, tantôt bas, tantôt faciles, tantôt profonds, tant d'eaux sous ma langue. Langue têtue, langue goulue, langue charnue. De consonne en voyeur, de voyelle en chapelet de vices, déviances putrides et si proches, prudes rarement. Espèce d'animal sauvage, nourri de sa vie propre à lécher ton cul, ton con, ton fion, à tracer le chemin au creux de ton oreille jusqu'au dedans, plus loin encore si libre elle pouvait être, à s'égarer dans le droit fil des replis de ta chair aux interstices de ton nombril, à l'orée de tes paupières possédées et palpitantes. Tes yeux que je suce jusqu'à la moelle. Caressant de la langue, ma langue sur la lande chaude et humide. La langue que tu manges, la cadenassant de tes dents, viendra le moment où tu assaisonneras de tes bruits de voix sous la main branlante, fichée loin dans tes entrailles alors que le plus long de mes doigts vient faire œuvre d'écriture, aspiré par ton cul, se pliant en toi sous l'étuve, rends moi ton souffle jusqu'au dernier. J'ai pour projet de te faire rougir, de te faire pleurer, de t'emporter vers la seule issue, le sommet des abysses. Alors, je te dis comme une césure, un jet de scalpel dans le rythme, la voix la plus douce et la plus tendre qui puisse être, mon doigt fiché dans ton cul et ma main dans ton sexe, je te dis, "je joue avec ta merde". Pour seule réponse, te voilà feulante. Larguons les amarres.
J’ai pris soin d’ouvrir en grand les rideaux du salon. Il fait nuit et pourtant c’est comme si nous étions au grand jour. Pleine lune ? Non, nuit blanche. Nuit blanchie de la poudre inhalée, nuit autrement blanche. Les flocons se sont figés sous la douceur du froid et le ciel illuminé par la grande ville rose se teinte d’une roseur de jouvencelle. Le parquet laisse éclore sous mes pas la complainte de nombreuses décennies. Il est sombre et contraste avec cette ambiance de bal masqué. Des vies se sont épanchées sur ces lames de bois, nombreuses, sans doute. J’aime croire que des amants s’y sont aimés avec douceur parfois, avec violence d’autres fois, oscillants entre amour et haine, pudeur et décadence. Des vies qui ont laissé toutes ces traces visibles ou invisibles. Entre toutes ces lattes imparfaites, rayées par des objets d’hommes et de femmes, il reste forcément un peu de l’essence d’hommes et de femmes inconnus. J’ai la même pensée lorsque je regarde la grande poutre aux siècles ...
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