Le voile de la nuit qui s'estompe, le drap qui remonte sur les peaux, la fraîcheur qui naît de l'après, l'âpre combat qui a fini en abandon, le coeur battant et les corps cuisants, la morsure de la chair et les langues qui fouissent, les voeux que l'on arrache à grands coups de caresses, les cris que l'on exsude à force d'étreintes, j'étais cette nuit plus moi que jamais grâce à la liberté offerte, la complicité amoureuse et tes désirs salaces, le combustible offert à ma flamme, nourrissant la tienne plus vorace que la mienne, la mienne plus dantesque que la tienne, la flambée miraculeuse, l'incendie rongeant les amarres, le temps suspendu et tes yeux que je veux lécher, au dehors la nuit glaciale, la fonte des neiges, au dedans toi et moi sans avoir défait les draps, le vice en édredon, les cheveux en bataille et la queue poisseuse dans ta main, j'aimerais bien que tu la détaches et que tu l'offre à ma bouche, que tu me mettes en abyme avant que le jour n'en finisse, je me sucerai en te regardant te branler, ensuite je la prendrai à pleine main pour te la ficher dans les reins, ton visage étouffant sur l'oreiller, j'ai fini par perdre la tête mais pas tout à fait le conte, parce que cette nuit il n'y eu d'autres ponctuations que nos exclamations, nos soupirs, nos murmures, le froissé du tissu, nos rires, la tête de lit cognant contre le mur, nos bruits de bêtes et nos sourires rayonnants, tous deux virgules enchâssées l'une à l'autre, les draps froissés, souillés, humides, sueur et vice, ta mouille et mon sperme, nos langues jamais rassasiées, nos lèvres si effrontément lovées, enfin terrassés quelque part dans le monde des songes où ton sexe enveloppe ma main tandis que je m'effondre, aspiré par ton souffle, cotons et douceurs, s'offre ainsi l'instant drapé, un nouveau jour sans le moindre point final,
J’ai pris soin d’ouvrir en grand les rideaux du salon. Il fait nuit et pourtant c’est comme si nous étions au grand jour. Pleine lune ? Non, nuit blanche. Nuit blanchie de la poudre inhalée, nuit autrement blanche. Les flocons se sont figés sous la douceur du froid et le ciel illuminé par la grande ville rose se teinte d’une roseur de jouvencelle. Le parquet laisse éclore sous mes pas la complainte de nombreuses décennies. Il est sombre et contraste avec cette ambiance de bal masqué. Des vies se sont épanchées sur ces lames de bois, nombreuses, sans doute. J’aime croire que des amants s’y sont aimés avec douceur parfois, avec violence d’autres fois, oscillants entre amour et haine, pudeur et décadence. Des vies qui ont laissé toutes ces traces visibles ou invisibles. Entre toutes ces lattes imparfaites, rayées par des objets d’hommes et de femmes, il reste forcément un peu de l’essence d’hommes et de femmes inconnus. J’ai la même pensée lorsque je regarde la grande poutre aux siècles ...
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