Porno vice, porno star, sur le canapé les yeux ébahis. Je veux voir. Voir ce qui ne se voit pas. Toujours regarder, sans plus cesser. Des hommes, des femmes, des cris et des râles, simulés, amplifiés, réels, au-delà de l'écran, le néant, l'anéantissement de toute volonté. Le néant qui dévore sans fin, qui te mène en bordure de toi, qui t'empare et te désempare. Pantin empalé, le néant et la brute qui te saisit, qui rentre derrière ta nuque et qui commande plus, encore plus. L'immonde solitude de celui qui se branle, celui qui repousse encore pour voir plus. Les lèvres sont rouges, gonflées, la peau est blanche ou noire, les bordures duveteuses, poilues, propres ou crasseuses, les culs ronds, petits, pleins, gros, les bites toujours démesurées et monstrueuses. Montre-moi encore, écarte tes cuisses, pousse tes couilles, laisse-moi voir, laisse-moi ramper, traverser l'écran, laisse-moi regarder salement à l'intérieur de toi, voir tout ce qui ne se voit pas, attends, attends, s'il te plaît ne me suce pas, ne me lèche pas, écoute-moi, toi pousse-toi, laisse-moi la place que je décharge mon foutre sur son visage, son visage à elle aussi, et à cette autre aussi, oui à celle-là encore, à lui si tu veux. Voilà mon foutre sur mes mains, mon torse, une tâche sur le cuir noir, les images me révulsent. Acteur esseulé sur mon canapé.
J’ai pris soin d’ouvrir en grand les rideaux du salon. Il fait nuit et pourtant c’est comme si nous étions au grand jour. Pleine lune ? Non, nuit blanche. Nuit blanchie de la poudre inhalée, nuit autrement blanche. Les flocons se sont figés sous la douceur du froid et le ciel illuminé par la grande ville rose se teinte d’une roseur de jouvencelle. Le parquet laisse éclore sous mes pas la complainte de nombreuses décennies. Il est sombre et contraste avec cette ambiance de bal masqué. Des vies se sont épanchées sur ces lames de bois, nombreuses, sans doute. J’aime croire que des amants s’y sont aimés avec douceur parfois, avec violence d’autres fois, oscillants entre amour et haine, pudeur et décadence. Des vies qui ont laissé toutes ces traces visibles ou invisibles. Entre toutes ces lattes imparfaites, rayées par des objets d’hommes et de femmes, il reste forcément un peu de l’essence d’hommes et de femmes inconnus. J’ai la même pensée lorsque je regarde la grande poutre aux siècles ...
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