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Articles

Évadés d'Eden

Ce soir le vent redouble d'effort. Personne n'ose sortir. D'abord il est trop tard. Ensuite, seuls des inconscients insomniaques oseraient se glisser dehors sous pareil temps. Les volets des maisons sont fermés. Il y a dans le ciel noir à peine quelques étoiles, des traînées de fumée qui s'étiolent à grands traits, traces mi blanchâtres à la lumière de la lune, mi jaunâtres sous l'éclat des réverbères, puis plus rien. Plus rien que le grand vacarme, d'un géant invisible arrachant et déchirant en vif craquements les grandes branches de son immense hargne. Plus rien que le grand vacarme du vent d'Ouest hurlant et sifflant sa rage à tous les vents. Plus rien que le grand vacarme des feuilles qui bruissent comme des cigales stridents et métalliques. Sur la place, Notre Dame la Grande fait figure de proue. Des rats traversent les pavés pour se réfugier à l'abri avant ce qui semble être la fin du monde. Un chat noir reste tapi sous une voiture malgré la cavalc...

Votre journal intime

Elle m'a regardé dans les yeux. J'ai cru voir ceux d'Adrien. Bleus, regard glacial. Regard qui se vrille en vous, qui soudain vous fait proie. J'ai senti mon sexe respirer, mon rythme cardiaque s'accélérer. On ne faisait rien avant, ou comme si. On parlait. De tout. De rien. On évitait le sujet. J'évitais le sujet. Parce que moi, ces sujets là, et bien, c'est comme si j'étais un peu pudique. Alors si l'on ne m'en parle pas, je n'en parle pas. Et puis, je ne veux pas les aborder, on a tant de chose à savoir de l'autre, c'est bien déjà parler. Non ? J'ai commencé à bafouiller et je me suis réfugié dans l'humour. Mais cela ne l'a pas trompée. Elle a posé sa main sur mon entre jambe. Je me suis tu. J'ai eu envie de me lever d'un bon, j'ai eu envie de m'éloigner, comme si j'avais subitement peur. Je pense qu'elle l'a senti. D'abord parce que j'ai sursauté. Ensuite parce que mon regard se déto...

Au dernier jour de janvier

Vous qui voulez être Écoutez soigneusement ce secret Du dernier jour de janvier Donnez vous rendez-vous Auprès de la fontaine aux loups Là où un matin brumeux de janvier Seuls les silences se découpent au couteau Et le givre qui partout se répand Comme sous vos pas s'épanche en cristaux Au bord du lac essouflé faites halte lentement Sous le rayon chaleureux du soleil d'hiver Prenez chacun une poignée de gravier sertis de terre Cassez deux branches fines à leur base Éprouvez l'air tout en songeant l'un et l'autre à un voeux Arrimés au pied du ponton il est temps Faites voler les petits cailloux Au moins dix chargés de voeux en pagaille Écoutez les bondir sur la surface glacée C'est son souffle qui vient à s'exhaucer Un pantalon et un dessous que l'on baisse Le frottement du tissu sur la peau Une chemise lâchée à terre au pied d'un manteau blanc Deux mains sur la balustrade et le regard déjà loin Deux autres et votre regard sur les hanches Trente coups...

Je veillerai sur toi

  Dans mon village, on ne sort pas la nuit. Chacun reste chez soi. Cloîtré dans la nuit. Lumières éteintes. Seul avec le noir, caché dans la pénombre. Au début, certains osaient encore fumer une cigarette sur le seuil de leur porte, frapper à la porte du voisin pour demander une bougie, ouvrir ses volets pour profiter un peu du clair de lune. Aujourd'hui, plus personne n'oserait faire cela. On entendait il y a encore quelques mois un peu de vie, on distinguait un éclat de lumière au travers d'une fenêtre, un filet de fumée s'échapper des cheminées, on sentait l'odeur humide et fumée de l'automne. Il y avait encore des lampadaires en service pour éclairer les bordures de nos terrains. Il y avait des chuchotements de voix et de rires, des murmures de presque rien mais de quelque chose tout de même. Il n'y a plus rien aujourd'hui. C'est beaucoup trop dangereux. Plus de signe de vie. Certains sont partis. D'autres se terrent. Nombreux sont ceux qui o...

Crache !

 Oui, fais-le. Fais-le. Fais-le. Fais-le. Fais-le. Vas-y fais-le Vas-y ! Fais-le ! Dans mon regard, il n'y a pas de défi. Dans mon regard, il y a des billes noires, des cils d'ombre, des villes emplies de putains et de caves éteintes, des fourre-tout que l'on comble de toute part, des bouches trous à la langue pendue et lécheuse. Dans ma bouche il y a de la bave qui coule dans ma gorge et qui m'inonde le ventre. Tout part de la langue, la lande, la lente, la lente immonde, l'allant, l'amante, la mangue, la mante, la menthe, douce, l'amande, douce, la mangue, douce, tout devient maux dans ma bouche qui te crie des murmures qui veulent dire tous les mots. Tous. Tout. Toux. Tousse mon con. Touche ma gorge. Fais-le. Fourche mon cul. Ces mots qui attendent que tu le fasses, que tu me fasses, que tu m'effaces, que tu me prenne face, pile, piller, piller la fille, violée, violentée, lente, lentement, viole de gambe, musique sacrée pour diable perdu dans mon reg...

Émotions nées

 Aux parfums épicés L'abandon ainsi né De ma bouche tue  À point d'heure Assaillie par ta vulve Bâillonné par ton corps Ne restant que mes bras Enserrant large hanse Et mon visage repu Sous le poids de tes hanches Au pinceau de ma langue Branlant tout ton corps Il me reste murmures Quelques C sans cessé Avivés, étouffés sous l'étoffe De ton con de ton cul Pour moisson de ta mouille Ces saveurs profondeurs Chaudes marines  Que mon nez tel mon sexe Frôle fourre foutre fouille frotte Sous ton rythme de folle amazone Avant que ne vienne En un dernier spasme pénétré La tendresse enfin libérée D'émotions nées et de souffles emportés

Emporte tout et moi le premier

 Emporte. Emporte tout et moi le premier.  Porte-moi haut, plus haut encore, loin dans un plaisir et un désir que je veux haut. Je veux que ce soit toi qui me fasse voler, voler quelque part où je ne suis jamais allé. Je veux changer de perspective, être une chose, un petit bout de chair que tu aiguiseras selon ton plaisir, pour ma jouissance. Un monceau de peau que tu tanneras à loisir pour assouplir la bordure de mes lèvres et la petite corolle de mon cul et tu me foutras loin et bien. Longtemps et joliment, tu me diras des mots doux, des mots vicieux, des mots que je boirai comme du petit lait accompagné de ta chaude pisse suintant le long de l'étrange serpentine qui se blotti en amas dans mon ventre . Je veux ne plus être et n'être plus que cela, fourmillement de plaisir, désirs sans cesse assouvis, orgasmes telluriques et amas de chair contre la chaleur de ta peau, m'endormir contre toi et me réveiller sous ta bouche. Ne plus être que l'onde qui foulera mon échine,...