Tahiti

J'aurais pu choisir une photo paradisiaque, j'ai préféré prendre une photo un peu plus réaliste de Tahiti. C'est ici que toute la petite famille va vivre pendant au moins deux ans à compter du mois d'août prochain. Et moi... et bien pour l'instant je ne sais pas ce que je ferai là bas ? Chercher du travail dans mon domaine d'activité ? Vivre une autre expérience professionnelle ? M'occuper des enfants et de la maison ? Nous verrons bien.

Je ne réalise pas encore tout à fait...


Allez, maintenant, histoire de vous faire rêver un peu :





J'en suis heureuse

La matinale en cavale a dit : Explorateur, voilà les mots qui sont venus. Bonne lecture.

La ville est grande ici. Alors j'ai tout mon temps. Je marche au hasard. Je prends un bus. Un métro. Un tramway. Et je marche. Oh, je marche lentement, doucement. Je vous l'ai dit, j'ai tout mon temps. Le sablier est depuis longtemps derrière moi maintenant. Vous pourriez me dire, justement, vu le peu de temps qu'il te reste à vivre, profite, visite, explore, découvre. Mais vous ne me le diriez pas. Non, vous ne me le diriez pas, parce que j'ai dépassé la cinquantaine et que mon lendemain n'est pas une maladie défunte qui compterait mes jours. Vous ne me le diriez pas parce que depuis très longtemps l'âge de la retraite a sonné pour moi. En fait, vous ne me diriez rien parce qu'à vos yeux j'ai disparu depuis longtemps. La peau fripée. Le corps penché. La main tremblante. La voix chevrotante. La démarche mal assurée. Vous auriez peur de me voir les jours de grand vent. Vous craindriez de me voir déambuler avec hésitation sur les trottoirs glacés de février. Vous auriez pitié de moi lorsque, une à une, je gravis les marches qui me mènent au Sacré Cœur, alors que vous auriez le temps de faire maintes fois l'aller et le retour. Vous auriez peur de moi, parce que vous avez peur de ce qui se présentera un jour à vous. Alors, cela vous arrange de penser qu'il n'y a presque plus de vie en moi. Cela vous arrange de m'adresser à peine quelques mots convenus lorsque j'occupe une bonne partie du minuscule ascenseur et que vous peinez à trouver une place aux côtés de ma vieillesse.

Vous ne me diriez rien car vos égards pour ces gens là vont à ceux qui vous sont proches. Et moi, je n'ai plus de proches... depuis longtemps maintenant. Vous ne me le diriez pas, et si, quand bien même, vous me faisiez cette proposition, et bien vous vous tromperiez amplement. Parce que croyez moi, je vis, je profite, je visite, j'explore et je découvre. Tous les jours, tous les jours depuis longtemps, peut-être avant même le premier jour de votre vie. Malgré mon âge, la vie ne m'a pas quitté pour autant. Elle m'offre encore des petites merveilles que vous même ne décelez que trop rarement. Tenez hier, alors que je visitais un quartier fort peu recommandable, une jeune homme, la mine patibulaire s'est approché de moi. Oh ! je n'avais pas grand chose à craindre ! Je marche les poches vides. Il m'a abordé. Un beau sourire sur une gueule de brute. Il me proposait de m'aider à traverser la route. Une autre fois, un passant me croise, perdue dans mes pensées je songeais à Jean-Paul, à cet instant cet inconnu me dit « Dieu vous aime !». Moi je n'y crois pas beaucoup à toutes ces sornettes, mais ça fait tout de même plaisir de me l'entendre dire lorsque je pense à toi mon Amour. Ce que j'aime avant tout, c'est marcher dans des lieux que je ne connais pas. J'aime me perdre car je finis toujours par me retrouver. Les quartiers les moins avenants sont les plus surprenants. J'y décèle une vie de lierre, une vie qui déborde partout, tout le temps des herbes sauvages qui poussent là où l'on ne l'attend pas. J'y ressens les pulsations de mon cœur. Tout est démesurément étrange.

Pendant longtemps, j'ai parcouru le globe. De volcan en volcan, j'étais la première femme, le premier homme à tous les voir. A tous les arpenter. A tous les étudier. A presque les toucher. Quelles furent magiques ces nuits sous les cieux de feu ! Plus que tout au monde, j'ai aimé déposer mon pied là où mon esprit me laissait penser que j'étais le premier être humain à découvrir de mon regard cette terra incognita. Il me fallait pour cela passer ma vie à voyager. En bateau, à cheval, en train, à pied, en vélo, à dos d'âne. Je cherchais cette terra incognita. Aujourd'hui, je sais que je le faisais surtout pour fuir la compagnie des hommes. A chacun son histoire. Un jour, j'en ai rencontré un. Jean-Paul. Ce jour là, j'ai cessé peu à peu de marcher sur la trace de contrées inconnues de l'homme. Il n'y a pas eu un lendemain diamétralement opposé au jour précédent. Tout s'est fait dans la douceur. Ce jour là, j'ai commencé à emprunter mon propre chemin, grâce à celui qui allait me conduire à me découvrir enfin. Me découvrir aux yeux d'un homme, me dévêtir de tout ce que j'avais accumulé durant cette vie d'exploratrice des forces titanesques, parvenir à me mettre enfin à nu devant mon propre regard. Il m'en a fallu du temps. Mon compagnon a été patient. Il n'a pu attendre jusqu'au bout. Il m'a devancé pour une fois. Il a découvert le long sommeil avant que je ne le découvre.

Ma vie fut belle. Âpre souvent. Heurtée, violente, cisaillée. Douce aussi. Mais simple et belle avant tout. Une vie d'exploratrice. Une première vie qui faisait rêver d'abord, qui rendait jaloux aussi. Une seconde vie que vous jugeriez normale ensuite si vous la compariez à tout ce que j'ai vécu avant. Pourtant c'est cette dernière vie qui m'a donné le plus de joie, d'élan, de force et de vitalité. Cette vie, c'est encore la mienne, ce sera toujours la mienne. J'ai tout mon temps, je découvre les petits riens qui font tout, j'arpente les rues, je regarde ces vies que je croise, elles me nourrissent, je ne dis rien, personne ne me vois. Cela me va très bien. Un jour, je ferai ma dernière découverte, puis il n'y en aura plus. Il y en aura eu plus que ce à quoi je m'attendais. J'attends ce jour car mon âme d'exploratrice m'a toujours conduit là où personne ne m'attendait jusqu'à présent. Dans cette vie extraordinaire d'abord. Dans ma vie ordinaire ensuite. Alors, j'ai hâte de découvrir ce qui m'attend cette fois immanquablement. J'ai hâte et j'en suis heureuse, car c'est ma vie.

Tout doux list


Plus : ici pour Petite Poissone et pour les collages (Grenoble et ailleurs aussi)

Sally

Sally,


J'aime plonger mes mains en vous et voir dans votre regard scintiller des étoiles brillantes.
J'aime rapprocher mes lèvres au plus proche de votre visage et en quelques mots voir vos lèvres devenir humides.
J'aime vous regarder écarter les jambes dans une pause lascive et suggestive, jouer des heures durant à vous baiser de mon regard.
J'aime frotter mon sexe contre votre peau, à l'orée de votre langue, vous offrir ces caresses et suspendre le temps juste quelques instants.
J'aime vous savoir brulante de désir, l'esprit empli d'une envie de baise démesurée sans que vous ne puissiez vous satisfaire.
J'aime porter haut votre désir, vous surprendre au détour d'une rue et vous baiser animalement à l'abri d'une porte cochère.
J'aime présenter mon doigt à votre cul tandis que mon sexe s'épanche dans votre bouche et entendre vos murmures de plaisir.
J'aime vous savoir femme phallique, écarter mon cul pour devenir votre bel enculé.
J'aime vous lécher longuement, jouant tour à tour de douceur et de précision, de force et de folie, d'effleurement ou de vifs aplats.
J'aime que vous puissiez m'inviter à sucer la queue de votre amant tout en enroulant ma langue autour de la votre.
J'aime que vous puissiez m'initier à ces choses là, des choses qui peuvent paraître anecdotique, fumer un joint à une fenêtre parisienne.
J'aime vous initier tout autant, rougir vos fesses et répandre le feu dans votre esprit.
J'aime vous découvrir au fond d'un garage dépotoir, les mains contre le mur, votre corps que je dénude et que je découvre entre plumes et griffes.
J'aime glisser ma main sous le jet de votre pisse et qu'à ce moment là vos mains viennent sertir mon visage d'une douce vérité.
J'aime faire votre toilette et vous apprêter pour une baise lubrique et décadente sous la voix d'Arthur.


Sally, j'aime tant de choses avec vous.

Voter ou pas

Non, non, non, je ne vais pas vous parler de deuxième tour de la primaire. Vous êtes bien assez grand pour faire ce que vous voulez !

Je vais vous parler d'un autre vote. Si, si, si.

J'avais écrit il y a quelques années une petite nouvelle qui se passait en Ardèche, publiée ici. Dans le cadre d'un concours d'écriture organisé par le Département de l'Isère et Short Edition, la voici transposée pour l'occasion dans un paysage isérois.

Après une première sélection, j'ai la chance de la voir positionnée comme finaliste du concours. Il y aura un prix du public au vu des votes des internautes, et deux prix du jury sans lien avec les votes.

Si vous l'appréciez, vous pouvez voter pour elle. Si vous en préférez une autre, alors votez pour une autre. Si ça vous gave de voter, vous pouvez juste la lire. Et si vous n'avez pas envie de la lire, ne la lisez pas. :D

 http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/du-vent-dans-les-cheveux

Les horizons

Un certain nombre d'entre vous savent que j'aime marcher. Marcher au long cours. Longtemps. Longtemps dans le temps. Longtemps dans l'effort. Vite ou lentement. Avec force ou légèreté. Avec difficulté ou simplicité. J'ai à quelques reprises cité ici les mots d'Antonio Machado.




Caminante no hay camino [Toi qui marches, il n'existe pas de chemin]
Todo pasa y todo queda, [Tout passe et tout reste,]
pero lo nuestro es pasar, [mais le propre de l'homme est de passer,]
pasar haciendo caminos, [passer en faisant des chemins,]
caminos sobre el mar. [des chemins sur la mer.]

[...]


A d'autres reprises j'ai pu parler de ceux du patriarche Athënagoras


La guerre la plus dure, c'est la guerre contre soi-même.
Il faut arriver à se désarmer. J'ai mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible.
Mais je suis désarmé.
[...]


Il n'y a pas de chemin, il y en a une multitude. Il y en a pour chacun. Sont ils prédéterminés ? Philosophiquement parlant je veux croire que non. Sociologiquement, ils le sont sans doute pour beaucoup. Pourtant, chaque pas est un pas qui peut être neuf, qui peut prendre une direction différente, qui peut croiser d'autres pas. Un pas plus qu'un autre peut nous permettre de nous désarmer. Ce peut être celui de demain, celui de dans dix ans, ou celui qui n'arrivera jamais. Ce peut être celui que l'on n'attend pas ou que l'on croit ne pas attendre. Le pas que l'on attend  peut ne jamais être fait. Il le sera pourtant un jour, si celui qui le porte cherche véritablement à se désarmer. Aujourd'hui mes pas, comme ceux de mon aimée se sont croisés. Deux chemins se sont croisés. Aujourd'hui, comme il y a une semaine. Ces croisements apporteront de nouveaux pas, qui seront faits ensemble, qui, d'autres fois, se feront séparément, dans la même direction et sans doute aussi dans des directions différentes. Voyageur, le chemin ce sont tes propres pas. La guerre sainte, c'est la guerre contre toi-même.


Et des horizons nouveaux se dessinent peu à peu. Des horizons qui pourraient nous mener dans des îles pacifiques. Tahiti, Polynésie. Grande Terre, Nouvelle Calédonie. Ou peut être Grenoble. Des horizons qui nous ouvrent aussi le possible d'autres intimités. D'autres pas. Qui en créeront d'autres. Qui feront chemin sans en suivre aucun. Qui nous feront être, qui nous aideront à nous désarmer. A vivre pleinement ce qui est bon et beau.


Mes ami(e)s, je suis bien.

Imaginaires de peaux



Imaginaires de peaux
La mienne
La votre
Étreinte lente
Sexes
L'un dans l'autre
Ni vous
Ni moi
Ne savons
Comment le lait
Cheminera sur vos lèvres
Alors
Que vous relèverez votre jupe
Que je lèverai mon vit
Mais
Vous et moi
Connaissons le yeux fermés
Les sourires
Qui parcourront nos peaux

Trois fois

Est-ce à votre goût ?
Est-ce à votre goût ?
Est-ce à votre goût ?

Baise
Baise
Baise

Glisser ?
Laver ?
Plisser ?

Pisser
Pisser
Pisser

Trois fois
Trois fois
Trois fois

1005
Turenne
Bidassoa

Trois fois encore
Un bras enveloppant
Des pieds levés
Des sexes sans transition

Trois claques
Trois taffes
Trois

Première drogue

Tant que vous en voulez
Encore
Je veux bien vous en donner
Toujours 

Plaisirs

Le bruit des spaghettis que je casse
Ses soupirs lorsque ma langue glisse sur son cul
Croquer un spaghetti volé dans la cuisine
Pédaler comme un fou dans l'espoir de l'apercevoir sans être vu
Boire mon lait le matin et retrouver un goût d'enfance
Voir son visage lécher et téter avidement la pointe de mon sein érectile
Prendre un cacolac bien frais après une journée passée sous la chaleur poisseuse de l'été
Sentir mes doigts des heures durant après l'avoir fouillée
Marcher seul en direction des Pyrénées et les voir s'approcher de jour en jour
M'enfouir dans son cul lentement et y être accueilli avec une exquise douceur alors même que le passage semble tant redouté
M'allonger dans l'herbe la nuit et regarder la voute étoilée
Savoir qu'elle se trouve derrière cette porte
Réunir mes amis autour d'un bon repas
Lire qu'elle se fait baiser par son mari tout en m'adressant ce sms
Me sentir apaisé par les sourires et les rires de mes enfants
Lui faire l'amour avec une infinie tendresse
Observer la cambrure de son pied et céder à la contemplation
L'embrasser fougueusement comme une urgence irrépressible
Ecouter la musique au hasard des propositions tandis que je prends le temps de marcher en direction du bureau
Percevoir la douceur parfumée de sa peau noire en laissant mes doigts s'écouler
Ressentir la force magnétique d'un tableau et m'isoler du monde
Jouir tant de fois en toi que nos sexes en deviennent ultra sensibles
Penser à vous où que vous soyez
Me laisser envahir par les sensations vibrantes de mon cul investi
Ecouter un documentaire radiophonique et imaginer les possibles
Voir dans tes yeux noirs les désirs sombres de tes vices
Sourire de ces bonheurs minimes et vouloir donner aux autres
Heurter le fond de ton cul, ma main faisant saillie de ta gorges, ton corps arqué contre mon ventre
Traverser les dunes à cheval et tout d'un coup se sentir bien, juste ici
Faire glisser une plume dans le repli de votre sexe
Constater que vous m'allez bien
Claquer ton cul et le voir devenir rouge
Disposer des mots comme des petits cailloux sur ton chemin afin que ma ville irradie de ma présence
A ta demande, couper une branche fine et résistante et frapper trois fois sur ta peay
Te savoir aimer de tes enfants
Parvenir au sommet et me satisfaire de l'effort passé pour plonger dans la quiétude présente
T'entendre hurler de plaisir alors que ma main vient d'être engloutie par ton sexe avide
Dire je t'aime comme je vous aime, aimer toutes les significations de ces mots là
Me dire que la liste est infinie, qu'elle se conjugue à tous les temps, qu'elle se conjuguera tout le temps
Me sentir pute, salope, chienne, espérer qu'elle me le dise
Plonger en écriture et m'isoler en moi
...

Les voluptueux






Les voluptueux, Victor Prouvé, 1889
Musée des beaux arts
Nancy

L'arbre et la branche

- 36 ans -

Le hasard fait de jolies choses. Je n’avais connu presque personne depuis… depuis quand ? Depuis que je suis toute petite en fait.

- 6 ans -

A l’époque, j’aurais du être une petite fille, dans les yeux de mes petits camarades j’étais déjà une chose, un truc bizarre pas comme les autres enfants. C’étaient ces regards là qu’ils me renvoyaient tous. Je me souviens de mon premier jour dans cette école primaire. Un village où mes parents venaient d’emménager, avec moi dans leurs bagages. Évidemment, petite comme j’étais je n’avais pas eu mon mot à dire, et puis… je ne crois pas que l’on demande son avis à un enfant de 6 ans. En l’occurrence on ne m’avait pas demandé si je voulais quitter notre petit appartement en ville, mes quelques rares copains d’alors, mes marques, mes repères. On avait choisi pour moi. C’était pour mon bien, c’était plus pratique, l’air de la campagne me donnerait les forces dont j’avais besoin, la grande maison serait plus adaptée à mes déambulations maladroites. Je me demande bien encore de quelle force j’avais besoin. Quant au côté pratique, ça l’était surtout pour mes parents. Ma jambe ne se renforcerait pas d’un grand bol d’air frais. Ma jambe ne ferait que décliner d’années en années, quoi qu’il puisse se passer. Mes parents croyaient-ils vraiment en ces remèdes d’un autre âge ? Cachaient-ils en leur sein des enfants terrorisés par la peur de ce qui m’arrivait ? Moi je n’avais pas peur, j’étais comme ça, c’était ma vie.

Nous avons emménagé dans une grande maison, pas très éloignée de l’école. L’été s’est passé en me laissant le souvenir étrange des nuits passées au sous sol en attendant que la maison soit terminée. Lorsque j’y pense aujourd’hui, c’étaient des nuits de fantôme, des nuits d’été, de clair de lune. Il n’y avait pas encore les fenêtres, mon père avait installé des bâches de chantier transparentes en guise de rideau. C’étaient ces fantômes là que je regardais bouger la nuit alors que ma grande sœur et mes parents dormaient à mes côtés. Je ne dormais pas, je regardais, je rêvais d’une compagnie silencieuse, perceptible seulement par moi, un monde à ma mesure, un monde à mon idée. C’est ainsi que l’été se passa, en dehors du temps, espérant repousser la réalité, espérant vivre la nuit, dans mes rêves, lorsque tout le monde était ailleurs. L’été passé, les fantômes disparurent et le premier jour de classe dans ce petit village de campagne est inéluctablement arrivé.

J’appréhendais leur premier regard à eux tous. Ma mère était allée me présenter à la maîtresse une semaine avant la rentrée. Je n’ai presque pas de souvenir de cette dernière, elle était transparente, un peu comme mon père, jamais là dans les moments importants, jamais là… en fait. A mon arrivée, la maîtresse a accueilli ma mère, et donc moi par la même occasion, poids mort encombrant. Je me suis vite retrouvé seule avec cette jeune femme qui ne savait que faire de moi. Il est vrai que les autres enfants s’éparpillaient tous dans la cours, jouaient entre eux, couraient les uns après les autres. Aujourd’hui, je me dis que je ne devais pas être la seule à me sentir perdue. Pourtant je ne les ai pas vu ces autres enfants, pas tout de suite, pas ces jours là. La maîtresse devait-elle me guider au pied des autres maîtresses ou me laisser une chance de rencontrer les autres enfants ? Devait-elle me préserver des autres ou me laisser en pâture ? Mieux valait abandonner le poids mort et reprendre le cours normal de sa journée de travail. Je fus ainsi placée au milieu de cette grande cours goudronnée, calée contre le grand arbre, tout proche de l’arbre une petite fille assise dans un fauteuil, deux grandes roues, deux plus petites, un corps, une jambe normale, l’autre anormale. Autour, comme une toile abstraite et tournoyante, des silhouettes, des enfants, des garçons, des filles, des cris, des sons comme atrophiés par l’évanescence du temps. Ils tournaient autour de moi, tous indifférents à cet objet que l’on avait planté là. Seule et esseulée pour les quelques minutes qui me séparaient du retentissement de la cloche et du début de la journée. La scène et cette impression d’être ancrée à cet arbre, condamnée à être spectatrice du présent sans pouvoir y participer, sans pouvoir l’infléchir, tout cela, j’ai tellement eu l’impression de le revivre encore et toujours pendant toutes ces années d’enfance.

L’arbre… c’était ce pieu qui me condamnait à regarder les autres alors que je ne voulais qu’une chose m’envoler, courir, courir et encore courir. J’aurais aimé que la douleur de mes poumons, accumulée à force de courir, efface celle ressentie plus bas, car de marbre ma jambe n’avait que l’apparence, dessous l’écorce les nerfs étaient à vifs et la douleur trop fréquente.  Au lieu de ça, le manège se répétait sans cesse, j’étais comme un cheval aux jambes de bois, arrimée de haut en bas, traversée de part en part par une barre de bois, obligée de vivre en cercle, obligée de subir la présence de ceux qui venaient du delà du cercle sans ne rien pouvoir jamais faire, ou trop peu. La nuit me donnait l’occasion de gommer l’ancre, de m’en libérer et de voler retrouver la présence de mes fantômes chéris. Avec le temps mon arbre est devenu plus malléable, progrès de la technique médico-orthopédique, j’ai gagné une jambe, j’ai délaissé mon arbre et mon trône pour une béquille, une branche, un soutien vertical, enfin libre d’aller à ma guise, à mon rythme. Cette émancipation a coïncidé avec celle de mon corps, ce corps qui est devenu sociable, mon ami désormais, celui qui s’ouvrait, se déplissait, s’entrouvrait aux autres comme à mes mains. Caresses de vie, des sourires, des rencontres, ce corps érigeait ma différence comme preuve physique de ma liberté, ma liberté à être aimée, ma liberté d’aimer.

- 16 ans -

Je l’ai rencontré. Dix années plus grande. Dix années plus libre. Dix années pour commencer à comprendre que je n’étais pas seule. Je vous l’ai dit, le hasard fait de jolies choses. J’avais enfin convaincu mes parents d’emménager dans cette grande ville qui me permettrait d’être encore plus  autonome, profiter d’une vie normale, un peu plus noyée dans l’anonymat, et surtout proche du CHU que j’étais contrainte de fréquenter assidument. Une vie nouvelle en somme pour effacer l’ancienne. J’échappais aux heures de trajet en ambulance, ce qui n’était pas plus mal.  Je n’aimais pas tellement la bonne femme qui me servait de chauffeur. J’échappais aux regards braques des gens du cru. Je rompais avec dix années d’arbre. J’ai gardé malgré cela quelques liens avec mes amies d’alors, assez peu finalement. Je continue à voir parfois celles qui m’ont rejoint lorsqu’elles ont débuté leurs études. L’absence de ces liens créés à mon premier lycée ne me manquait pas plus que ça, je vais dire que je faisais avec, ou plutôt sans.

Comme je vous l’ai dit, le hasard fait de jolies choses. Je pourrais ajouter le mot « parfois », mais dire que le hasard fait parfois de jolies choses, cela ne revient-il pas au même ? Je l’ai rencontré, cela vaut toutes les fois du monde. Mon premier amant. Mon premier sexe d’homme. Mon premier cœur qui bat. Il était plus âgé que moi, suffisamment pour me doubler de dix bonnes années. J’étais assise à une terrasse de café, accompagnée par Alexandre Jardin, sa gaieté et sa folie. Me revenaient les échos des enfants du jardin de ville, comme de vieux fantômes désormais apprivoisés. Un été qui ne serait pas comme les autres. Aujourd’hui j’ai le souvenir d’un personnage qui s’appelait Fanny. Était-ce bien cela ? Je revois une cabane ? C’était une histoire d’enfance, ou plutôt un rêve d’enfant, une passion enfantine pour adulte. Cela me plaisait, me dire que mon enfance n’était pas uniquement celle que j’avais vécu, mais qu’elle pouvait aussi être celle des prochaines années. Je sortais à l’époque avec un jeune homme, un jeune homme vite oublié finalement. D’ailleurs, plongée dans mon livre, ma menthe bleue avait un arrière goût pas assez sucré et pas suffisamment poivré lorsque je songeais à ce que je vivais avec lui, et ce que l’île des gauchers me soufflait. Je savais que ce jeune homme là ne survivrait pas à ma rentrée, de toute façon c’est presque comme s’il était déjà parti puisqu’il devait suivre ses parents loin de ma nouvelle ville. De fait, j’ai survécu à un autre homme. Il n’avait rien de très beau, mais il m’a plu. Il a osé m’aborder à cette terrasse de café, osé m’extirper de mon livre pour regarder autour de moi. Il m’a simplement demandé si c’était un livre que je pourrais lui recommander, cela avait tout du stratagème, mais à l’époque j’ai aimé qu’un homme puisse prendre le risque de la discussion littéraire. Ma béquille était à terre, cachée à sa vue, mes défenses allégées par l’humeur estivale.

J’ai levé les yeux, j’avais décidé de feindre l’agacement pour ne rien montrer de cette curiosité qu’il venait de faire naître. Un agacement que je n’ai su faire durer plus de quelques secondes. Il était comme moi. Un fauteuil, deux grandes roues, deux petites roues. Il était comme moi et il n’en savait rien. Cette seule idée me conquérait totalement. C’était comme s’il m’avait désignée parce que j’étais celle qu’il attendait, sans qu’il n’en ait conscience. Nous avons longtemps discuté, au point que nos mots sont devenus naturels. Je volais. Je me sentais grisée par une ivresse que je n’avais jamais connue alors. Certaine de ce que je pouvais faire, dire, penser, émancipée et rayonnante dans tout ce que je lui laissais voir. Nous nous sommes quittés ce jour là avec la promesse de nous revoir le lendemain, même lieu, même heure. Il est parti avant moi, de sorte qu’il ne savait rien de la branche qui s’était substituée à l’arbre de ma naissance. J’ai passé une nuit agitée. Ressassant mille questions, mille scénarios. Repassant notre conversation en boucle. Changeant des mots dits pour en dire d’autres, déviant la réalité vers d’autres irréalités. Participant au plus vivant des cinémas intérieurs. Cette nuit là, mes rêves de caresses ont pris véritablement chair pour la première fois. Mes rêves furent fiévreux au point de me laisser sans force au petit matin, exténuée par des jouissances qui n’avaient jamais eues pareilles égales. Je commençais à me sentir femme, enfin. J’ai alors sombré jusqu’à ce que ma mère vienne me réveiller, peu avant l’heure du repas. A table, bercée par mon ailleurs, je m’étais demandé s’il fallait que j’arrive avant lui, prolonger l’image première qu’il s’était faite de moi, une jeune fille comme toutes les autres jeunes filles, ou lui laisser voir que ma démarche flirtait avec un équilibre précaire, enroulant la hanche autour de l’axe prescrit par ma branche, balançant ma jambe vers l’avant, chaloupant à gauche, redressant la barre à droite.

Je n’avais pas réussi à choisir. Je suis arrivée à l’heure. Il était déjà là, attablé, un demi déposé devant lui, son regard à demi clos et aveuglé par le soleil qui lui faisait front. Pourtant, il m’a vu. Il m’a reconnu. J’ai vu sur ses lèvres un sourire se dessiner, un sourire irradiant son visage parsemé d’une barbe négligée. J’ai su qu’il craignait ne pas me revoir. J’ai su qu’il avait si peur que mes jambes fuient les siennes une fois la surprise de cette première rencontre passée. Il avait eu la même peur que moi et c’est cette peur que son sourire effaçait une fois pour toute pour laisser naître une complicité qui se consumera plus tard dans le brasier de nos folies passionnées. J’avais abandonné une fois pour toute la petite fille. Nos corps ne nous appartenaient plus, ils vivaient par et pour eux même. La nuit je ne dormais pas, je rêvais de nous, des images jamais vues, des instantanés reptiliens s’immisçaient dans mes rêves, glissaient les uns sur les autres en un fondu envoutant, parfois violent, parfois doux et tendre. Mon sexe palpitait au rythme de ces images, toujours plus libre, jamais essoufflé. Je le voyais lui. Je me voyais moi. Nous. Moi et d’autres. Lui et d’autres. C’était un monde sans fin, un ailleurs que nous prolongions et nourrissions le jour lorsque nos peaux s’apprivoisaient, lorsque nos jambes se heurtaient, se frôlaient, lorsque mes seins fondaient entre ses lèvres, tiraillées par le baiser doux amer prodigué par ses dents gourmandes, avides, dévorantes. Je n’avais que 16 ans, je ne faisais que m’abandonner instinctivement à ce que cet homme produisait chez moi. Évidemment nos étreintes passionnées avaient mis quelques mois avant de s’installer entre nous. J’avais du découvrir mon corps, il avait été patient, un guide sensible, attentif, aimant, il avait su m’aider à repousser mes barrières, accepter que mon corps puisse être source de désir, accepter que ma jambe vive.

J’ai souvenir d’une journée où, chez lui, nous avions fait l’amour d’une façon particulièrement… violente, crue, une baise dure, puis tendre, renouvelée encore, encore, encore… A l’époque je n’aurais pas osé parler de baise, cette animalité prodiguée et subie, je devais voir et vivre ces scènes avec les yeux de l’amour pour pouvoir les accepter. Pourtant, c’était bien de cela dont il s’agissait déjà. Être objet, objet d’attention, récipient de désir et de plaisir, disponible à sa guise, à l’affut des caresses pour nourrir mes sens, ses sens, faire sens. Il m’avait prise dès mon arrivée. J’avais ouvert la porte, refermée ensuite et je l’avais vu nu sur son fauteuil, ses jambes frêles immobiles, insensibles, son sexe droit, puissant, sensible, long et dur. Jetée ma robe à bas, en bas, ôté mon petit bateau, dégrafé en haut. Je m’étais glissée sur son pieu, soupirante. J’avais coulissé son sexe dans ma chatte, fiévreuse et glissante. J’avais posé mes mains sur ses accoudoirs, des mains fortes, stables. Il ne bougeait pas. Je ne lui faisais pas face. Ses mains caressaient mes hanches en agrippant ma longue chevelure sauvage. Je me suis empalée sur sa queue à n’en plus finir, gémissant à chaque descente, à chaque montée. Il m’emplissait si étroitement, si longuement que, 20 ans après, j’ai toujours tatoué en moi le serpent de son sexe, en mon sexe une empreinte toujours recherchée, mémorisée en mon corps, comme moulée en moi. J’en souriais d’extase et de bonheur, et j’en souris encore. Il était fait pour moi, j’étais faite pour lui. J’aime me sentir prise entièrement sans demi-mesure, pleinement et profondément. J’aspirais son sexe, ma chatte le dévorait, le suçait et le recrachait, je le dégustais infiniment, doucement, lentement, comblée d’une gourmandise grandissante. Je l’enveloppais irrémédiablement, millimètre par millimètre. J’aurais voulu que chaque haut et chaque bas dure le temps d’une heure. Je l’entendais souffler, je l’entendais prononcer des mots que je n’aurais pas pu accepter avant, des mots qui me rendaient paradoxalement femme, libre, des souffles étroits, des soupirs souriants. Il ne bougeait pas et je donnais le rythme pour mieux me donner à lui. Je présidais au cérémonial, reine du banquet promise à son prince. J’ai rarement vécu si grande osmose. Nos corps transpiraient, mes mains devenaient tremblantes, après un long et délicieux moment, nous avons échoué sur le lit de son petit studio aménagé pour ne pas chuter sur le sol. Nous y avons jouis longtemps, longuement, souvent.

La journée s’est passée ainsi, et nous avons profité de la fraicheur offerte par la fin de journée pour nous évader en centre ville, profiter de glaces aux parfums de la ville, chartreuse, goût bulgare, miel, le jardin tout proche de notre première terrasse. Prolongé notre enfance du jour, régénératrice et insouciante, naissance d’une jolie femme à construire encore. Dans le tramway qui nous conduisit au retour, nous avons dansé, nous nous sommes amusés de nos objets métalliques, carcans longtemps subis, dès lors détournés. La barre centrale du wagon devenait un tout autre arbre, une liane qui devenait ma branche, en appui sur ma jambe, je décrivais des courbes invisibles. Il était derrière moi, assis sur son fauteuil, prêt à me protéger si l’équilibre venait à être momentanément rompu. Je me laissais vivre, comme une gitane aux cheveux indomptables, mon sourire laissait voir mes dents du bonheur, éclatante et décomplexée, je vivais le bonheur aux yeux de tous. Il a fini par appeler mes hanches, posant d’abord seulement ses mains dessus, ressentant l’onde qui me parcourait, l’amplifiant en ne faisant que me communiquer sa chaleur. Je frissonnais de bonheur et de plaisirs futurs, encore renouvelés, ré-insufflés. Ses mains m’ont enfin attirées à lui et je me suis installée sur ses jambes. J’ai senti son sexe à nouveau dur sous les tissus qui nous séparaient. Je ruisselais de vie et de bien être. Nous nous sommes amusés de nos corps différents, jouant de nos écorces différentes pour faire croire aux personnes présentes dans ce wagon que ma position était précaire, qu’il me fallait bouger pour trouver une stabilité nécessaire au transport de mon corps. Je cherchais mon arbre, mon pieu, mon chêne, je voulais qu’il pousse au travers du tissu, qu’il prenne à nouveau racine en moi. Mon visage était radieux, je rayonnais d’une lueur aveuglante. Je cherchais le regard des autres pour leur montrer que j’étais femme, déjà femme. Pour leur montrer ce vertige que je vivais, pour leur montrer que la petite fille n’avait jamais été un poids mort. Ils ne voyaient pas que notre danse était un prolongement de nos étreintes du jour, des prémices d’étreintes à venir, une danse fertile et créatrice, une baise ludique, un pied de nez. Je jubilais car nos corps nous donnaient l’alibi d’être incapables de sensualité. Je jubilais de ce pouvoir, de posséder un secret, une arme qui me servirait à conquérir plus tard d’autres hommes, un voile qu’il me suffirait de lever pour inviter des hommes à me posséder, à me faire femme parfaite entre leurs cuisses, une sensualité riche, obsédante, intrigante.

- 36 ans -

Dans mon regard fiévreux, j’ai croisé le sourire d’un homme, à l’époque il devait avoir l’âge que j’aborde aujourd’hui  Il doit être proche de la soixantaine désormais. Le temps passe vite mais les souvenirs restent indélébiles. Il m’a regardé, m’a souri, simplement. Son regard était rêveur, doux, chaleureux, compréhensif. Cet inconnu fut le seul ce soir là à voir au-delà de nos corps, au-delà de la jeune femme qui naissait. Il a vu la femme que je serai. Vingt années ont passé, cet amour ne se conjugue plus qu’au passé, mais ce qu’il a fait naître me fait vivre. Quant à ce sourire croisé ce soir là, je persiste à le chercher parmi les hommes anonymes que je croise, je suis certaine que mon fantôme reconnaîtrait la femme qu’il avait deviné alors, la jolie pousse en devenir.

Monkey_terre

La courbe sans fin

4h30
Nuit courte, alcoolisée
Toujours la même chose
Vers la fin de la courbe
Le réveil, l'inconfort
J'ai soif
Mais j'ai surtout cette idée en tête
Pas encore sobre, une pensée très précise
Redondante
Elle ne me laissera pas tranquille
Alors je me lève
Me branle dans la cuisine
Lumière douce, chaude
Sol chaud, presque bois

Envie de frotter ma queue contre votre sexe jusqu'à ce que mon sperme se répande contre votre chatte et s'étale sur votre peau. Je lècherai votre con ensuite pour finir par vous baiser la bouche de ma langue vorace.

J'ai envie

J'ai envie
J'ai envie de devenir la Bienheureuse
Me frotter contre ce qui est à portée de main
Contre une jambe, un flanc, le tissu de mon jean, la vitre de ma douche, le matelas de mon lit, contre le cul de cette femme dans la rue, contre ta chatte poilue et baveuse.
J'ai envie de fesser de petits culs. J'ai envie de rougir de gros cul. Longtemps, chaudement, avec malice et beaucoup de vice. J'ai envie de sentir la moiteur d'un ventre allongé sur mes cuisses tandis que mes mains claqueraient sur la peau tendre.
J'ai ces vices en moi et j'ai envie de les nourrir, de les laisser éclore. Envie de sucer un homme en même temps qu'une femme. Envie de m'appliquer et d'en prendre soin, envie que l'on m'apprenne. J'ai envie de baises à trois, à quatre. Envie que tu me suces tandis que je la lèche, que tu me suces tandis que je le suce. Envie de m'assoir sur ton joli visage pour y poser mon cul et sentir ta langue fouiner au plus loin.
J'ai envie d'entendre tes saloperies, que tu me dises à l'oreille d'un ton sans concession
salope!
je vais te rendre bienheureuse, oui!
prends mon doigt dans ton cul!
fous-le dans ton cul, mon doigt, petite enculée en chaleur!

J'ai envie
J'ai envie que tu me baises le cul, que tu t'enfonces en moi. Creuses ton sillon avec ta bite factice, ouvre-moi le cul de ta langue, de tes doigts, de ta queue. Vas-y doucement, augmente le rythme quand tu me sentiras parti. Travaille moi. Laisse moi pantelant, vicieux, bien heureux, rend moi liquide, liquéfie mon cerveau, fais le suinter de cette luxure enveloppante. Regarde ma queue, regarde comme elle perle, ces filets qui s'échappent à chacun de tes coups de reins.
Je suis un jolie petite chienne en chaleur. Alors rends moi chienne un peu plus encore tandis que nous baisons, tandis que je te traite de même avec toute la tendresse et le vice dont je suis capable. Parce que j'ai envie.

Contrastes


Trois jours. Trois jours, trois matins. Trois fois ma main droite sur mon sexe. Déposer le laiteux dans ma paume. Droite. L'apposer au bas de mon ventre. Sensation froide sur ma peau, vite oubliée, vite absorbée par le 37°2 du sang qui me donne vie. Plaquer la main gauche, rejoindre la droite. Appliquer. En cercle s'éloignant de leur base, recouvrant mon corps de traces blanches, mousses éparses sur ma nudité, deux mains qui caressent. Circuit quotidien. Remontant mon corps pour venir au siège de mes pensées, hypophyse stimulée, libido mode on, coulant sur mes épaules pour tomber vers mon cul. La main gauche poursuis sur les jambes, revient dans mon cul. La main droite ne s'est pas perdue. Elle a pris queue. Ne la lâche plus. Elle serre la base, ne monte pas, rétracte le membre, fait gonfler les bourses. Je sens une boule de sensation. Infime mais déjà irradiante. Elle assiège mes songes et les éclairs se font.


Toi. Femme des légendes. Je te montre un arbre, un arbre au tronc fin, un chêne, il rompt la pente et recueille derrière lui trois bûches. Sa peau est râpeuse et tu l'enserres. Je baisse ton vêtement ample. Décidé, je baisse ta culotte de jeune fille. Et ta lune se fait caresser par l'astre automnal, juste pour nous. Derrière nous le ponton et l'étang. Une branche blanche, légère, rigide. Trois fois. Trois marques sur ton cul. Six parures rouges, blanche entre les parallèles. Le bois se rompt. Je regarde autour. Je romps une branche, l'effile, l'effeuille. Tu n'as pas bougé, tes bras t'unissent à la sève. Tes lèvres dégorgent de jus. Je fouille en toi. Trois fois encore. Trois coups cinglant, brûlant et ton corps qui ne tient plus sa place. Je t'assois sur les bûches et je me branle face à toi. Mon sexe ample. Mon gland gorgé de sang, de plus en plus. Regarde. Ma droiture. Je contracte mes muscles, tend la peau et m'échappe en jets qui viendront heurter ton haut noir. Blanc immédiatement bu par le tissu. Inauguration. Je fais couler mon lait dans ma paume gauche. Ma main droite serrant la base. Ma main regorge de vie, déborde et inonde le sol. J'entends les goûtes tomber dans les feuilles mortes.


J'entends les gouttes se noyer sur l'émail de la douche. Mes pieds ont pris une couleur bleue. Écho des veines saillantes de ma queue encore animale, assaillie de vie. Le gland est rouge, ma peau est rouge, une mousse blanche parsème ma main, une écume entre le pouce et l'index, je recouvre doucement mon souffle. La chaleur n'est plus en moi, elle est en dehors, sur ma peau. Contraste avec la fraîcheur de la salle de bain refroidissant eau et mousse sur mon corps. Je reprends le jet. Rince ma peau pour devenir propre. Arrêt. L'eau ne coule plus que sur mon corps. Je plie les bras, ramène mes mains sur mes épaules. Des gouttes roulent sur mes avant bras, courent jusqu'aux coudes, je les place au dessus de mon sexe et des gouttes fraîches viennent mourir sur mon sexe gorgé de vie et de chaleur. Tu es là, ici, en moi, avec moi et pourtant tu vis ailleurs.

Novembre 2010

Écoute ton coeur


Manciet


C'est moi. Réveille-toi. Debout! Viens! J'ai besoin des craquements de tes vingt ans. J'ai besoin de ta main dans la mienne.
Sois-moi complice. Lève-toi. J'ai besoin de marcher avec toi dans la nuit. Ardemment. Marcher en silence en bousculant des formes,
des vents, des nuages de parfums, des clartés qui passent. Marcher longtemps, le coeur en marche, les dents serrées.
Les routes et les pierres et les arbres. Et le coeur en marche dans la nuit.
Le coeur dans la gorge et les dents serrées.
Tu le sais bien où nous allons.....Tu t'imaginais que nous allions cueillir les boutons de roses et d'aurore?
Tu crois que j'avais besoin de toi pour trouver l'autre? Alors pourquoi me demander où nous allons.
Et moi, tu crois que je le sais? Pourquoi donc veux-tu le savoir?
Allez, marche, sinon jamais nous n'arriverons.
Tais-toi. Et marche.Tu parles d'étoiles? Où ça, des étoiles?
Il n'y a pas d'étoiles. Je te répète qu'il n'existe pas d'étoiles. Une seule existe, marcher. Il faut marcher. Marcher à tout prix.
Aurais-je besoin de toi, pour voir des étoiles?

Accidents - Bernard Manciet

Maso quezaco

Et là, elle m'écrit "Sinon, ok, t'es maso... mais tu sembles connaître tes mécanismes." Intérieurement, je me dis "Maso ? c'est bizarre. Mais pourquoi diable me dit-elle que je suis maso ?". Je referme le message. J'y pense, j'y repense. Et je finis par me dire "Maso ? mais quezaco ?". Bon, ok, le masochisme est la recherche du plaisir dans la douleur. Jusque là, je n'apprends pas grand chose. Mais encore ?

Je lis rapidement quelques articles sur le sujet.

Conseil de lecture à ceux qui peuvent me lire, si vous n'avez pas envie que je me dévoile un peu devant vous, ne soyez pas tentés de lire la suite.

Des souvenirs affleurent :
Des séances intensives de vélo tandis que je songeais à sa souffrance à elle.
Boire fontaine et me retenir longtemps pour lui offrir cet hommage.
Me couper par accident, voir l'épaisseur de ma peau en coupe et sentir palpiter mon sang et songer à elle.
Avoir envie de rééditer cette coupure pour l'offrir à ma Reine
Marcher et marcher encore, des heures durant et poursuivre encore plus l'intensité de l'effort alors que mes forces s'amenuisent. Terminer heureux, pris de frissons que je n'arrive pas à empêcher tant mes effort m'ont conduit au bout.
Savoir qu'elle a passé une nuit avec un  de ses amis à prendre rail de poudre blanche sur rail de poudre blanche, sentir le désir grimper en moi tandis que je m'imagine entraîner dans cette folie.
Chercher à ce que mon cul soit plein, forcer le passage à en avoir mal et penser ce que ce soit elle qui me prenne enfin, elle qui puisse s'amuser à ce qu'elle souhaite.
Lire quelques jolis supplices d'une blogueuse à l'un de ses amants et sentir mon plaisir monter.

Je poursuis ma lecture. Pêle-mêle :
L'humain a toujours eu besoin d'idoles, de messes, de cérémonies. Le masochisme est une expérience mystique. Le jeu masochiste lui permet de rentrer dans un autre état de conscience. Et, l'espace d'un moment devenir l'esclave qu'il n'est pas dans la vie réelle. De même que Clifford Bishop confirme que la flagellation ou tout autre procédé semblable est utilisée pour unir l'esprit humain au divin. On peut l'employer aussi pour unir des esprits humains entre eux. Le masochiste sexuel est prêt à acheter son plaisir fugace avec la gêne de la torture et même de sa vie. En prévoyant les appréciations futures, sûr des éloges de la postérité, il savoure des extases divines. Toute l'histoire de l'humanité dans son oppression sociale et religieuse a son pendant dans l'univers masochiste festif. Les hommes inventent des arrière-mondes. Si le masochiste moral est dans la pulsion de mort, le masochiste érogène est, lui, dans la pulsion de vie, dans le masochisme gardien de la vie.  Le masochiste social ignore le plus souvent qu'il est masochiste, Il se met en position de subir ses malheurs dans la vie ordinaire. Alors que le masochiste érogène connait presque toujours son état.

Revenons à cette première affirmation "Sinon, ok, tu es maso... mais tu sembles connaître tes mécanismes". Ouf sauvé, le "masochisme érogène connait presque toujours son état". C'est juste que je n'avais jamais posé en un mot ce qui pouvait en englober plusieurs. Et là je comprends le cheminement d'une bonne quinzaine d'années pour sans doute passer d'un masochisme social que je subissais sans être capable d'en percevoir les fondements, au jeu choisi d'un masochisme cantonné à la sphère érogène. C'est tout de même bien mieux ainsi.

Je songe à nombre de mes écrits, vers la chambre close, en terre morte, la putain de Dieu, les traces sombres de ses ailes, le buveur d'encre, neige d'été, comme le diable rit,  les corps incomplets, l'arbre et la branche et sans doute d'autres encore.

Alors ? Masochiste ? Moi ? C'est bien possible, mais érogène s'il vous plait, et surtout, mais pas que.