Accéder au contenu principal

Articles

Affichage des articles du juillet, 2014

Le buveur d'encre

Je me couche un soir et me réveille un autre. Je me plonge dans sa vie, caresse son encre et devient le buveur de vice, son buveur d’encre. J’apprécie les encres sombres, celles dont on ne distingue les formes que lorsque la flamme gît contre, celles dont on ne parvient à saisir la morsure que lorsque la cire pourpre vient s’écraser en cadence et iriser la surface en un mouvement d’onde aléatoire mais ordonné. Mes journées sont grises et mes nuits blanches, ma maîtresse est de jais, elle a du naître obsidienne tant ses reflets sont noirs, elle est sombre et le reflet qu’elle me donne m’habille de son art démentiel, élégant et pervers. Mes maîtres mots sont des lettres de sang qui ont pris naissance un jour où cherchant ce que je pouvais lui offrir m’est venue l’image troublante et le désir anxieux d’une main gauche dont la diagonale était traversée par la lame lumineuse d’un couteau de cuisine affuté.
J’aurais du couper, trancher à vif comme ce jour où par accident la lame a dérapé et …

Les corps incomplets

Ma chérie,
Combien de temps déjà ? Trop longtemps, mais jamais assez pour effacer de ma mémoire la douceur de ta peau, cette douceur qui me faisait glisser la main du haut de tes cuisses vers la pointe de tes pieds. Remonter d’une jambe, faire le pont du bassin pour descendre à nouveau. J’ai tant de fois réitéré cette caresse. N’ai-je pas usé ta peau à force de défricher ton parchemin tout entier imprimé sur papier vélin ? J’ai souvent pensé que tes jambes étaient l’héritage de toutes celles qui ont su posséder les hommes à travers les siècles. Entre l’inaccessible, le désirable, le possessif et le trophée. Héritage transmis de siècle en siècle pour rendre esclaves ceux qui te cèdent et se succèdent à tes pieds.
Combien étions-nous à t’attendre le soir lorsque tu étais sur scène ? Combien étions-nous à être rivés à tes jambes graciles, à tes pieds qui frappaient le sol, qui enflammaient tes mouvements de reins, tes brisures de rythme, le paroxysme de ta peau en sueur et les gouttes proj…