lundi 8 février 2010

I can't fix you

Comment dévier un vocable financier au gré de ses humeurs, ou petite philosophie de la finance débridée :

Mon taux fixe me démangeait depuis plusieurs jours. J'étais là, perché dans mon alcôve avec vue imprenable sur les toits de Montpellier. En plein été, j'ai cru que j'allais mourir mille fois étouffé par la chaleur intenable. Fallait qu'je bouge, mon immobilisme commençait à me peser dur. Marre de ne jamais prendre de risque ! Il fallait que j'en finisse avec mon variable façon désespérément standard.

J'étais seul depuis des lustres, au point que je ne me souvenais plus de ce que c'était que de désirer une femme. Putain ! J'en avais pris plein la gueule ses dernières années. Alors, non ! les nanas et leurs prises de tête... très peu pour moi. C'te connasse m'avait largué comme un euribor qui chute désespérément, en période de crash boursier, bref comme le minable que j'étais pour elle. Pourtant, rien à faire mon taux fixe me dérangeait... et encore... j'suis poli en disant cela. Il fallait que je dépasse ce foutu fixe, trouver un mode sans échec, mettre mon index sur un domaine étranger.

Je feuilletais négligemment les petites annonces quand mes yeux se bloquèrent subitement sur celle-ci. Jolie jeune femme, thaïlandaise, parfaitement éduquée, option fixe mais annulable au gré du prêteur. Banco ! J'avais enfin franchi la barrière. Mon taux fixe standard me démangeait toujours autant, encore plus en fait, mais j'avais une issue, fini l'écart déprimant, fini l'inflation de mes idées noires européennes ! Enfin j'allais tâter du frais, de l'aventure, des paysages de lagune jusqu'aux monts du triangle d'or. Loin de moi la dépression française.

Il ne me restait plus qu'à composer le numéro spécifié sous l'annonce, un taux variable à 10 chiffres. La discussion fut courte, mais suffisamment claire pour faire croitre mon taux fixe à des niveaux stratosphériques. Le rendez vous était fixé pour le lendemain sur la promenade du Pérou. Je l'savais, c'était le début d'un grand voyage. Le lendemain, avant le rendez-vous, je faisais un crochet par la parapharmacie toute proche de la Comédie, j'en ressortais avec de multiples coefficients en poche. 1 € le coef... c'était cher, mais pas cher payé. Il faudrait bien que je me protège pour emballer la vente. La horde des trainards était toujours là entre le théâtre et les trois grâces. Bandes de zonards, moi j'allais pas crever comme ça avec un taux fixe à la débandade, c'en était fini de tout ça, cette fois j'allais tout vendre, échanger sur le marché mes idées noires et opter pour des options pas tout à fait vanille.

Foutu taux fixe ! Ce qu'il me faisait pas faire ! Enfin, le principal c'était de me libérer de cette barrière qui m'avait empêché depuis des années de refaire ma vie. A cause de cette salope que je ne pouvais plus fixer, j'avais mis de côté le sexe pour me porter sur la finance. A chacun ses déviances après tout. Je bossais sur des zones monétaires défiscalisées, attaquais parfois la Grèce, ou, lorsque mes potes et moi on voulait voire le monde, ça nous était arrivé de nous faire de l'argentine. La vache ! le pied qu'on prenait dans ces cas là ! Toutes les zones étaient différentes les unes des autres, chacune avait son charme, mais bon, c'est pas ça qui répondait à mon taux fixe. Il fallait que j'me lache, que j'trouve des produits de courbes qui allaient m'expédier direct au paradis du pieu.

Cette petite thaïlandaise à la voie douce avait tous les atouts de son côté pour me fournir le billet tant attendu. Promis, je ne me laisserai plus prendre par cette barrière qui avait conduit mon taux long vers un taux furieusement dépressif. Tout cela m'avait rendu trop court, complètement à sec, amorphe du bulbe. Il fallait que je cesse de m'enfiler tous ces produits qui me poussaient sur une pente bien trop risquée. Mon psy, m'avait dit : risque 4, si vous continuez, vous allez vous retrouver au niveau 5, et croyez moi, je ne vous le conseille pas. Marre de ce vieux croulant ! Il ne savait pas ce que c'était que la vie. Il disait risque 4 ? Quel taré ce mec ! Des années que je me trainais au niveau 1,5. Et il croyait que c'était une vie ça ? Moi je savais ce qu'il me fallait, je savais que cette femme me ferai vivre le risque 5, au centuple sans aucun doute.

Ça y est, j'y étais cette fois, au seuil, à la barrière où l'on ne peut plus reculer. Mais reculer pourquoi faire ? C'est elle que je voulais, j'voulais qu'elle me file ma dose. C'est elle qui allait apaiser mon taux de change. C'est elle qui allait me faire toucher le niveau 5 quitte à en crever d'overdose. Un beau produit. Petite, brune, les traits fins. Souriante. Douce en apparence. Les yeux noirs. Maîtresse ès SM. On sentait qu'elle avait du doigté, un sacré savoir faire. Annulable au gré du prêteur. Je vous le dit tout net, celle-là, moi je ne l'échangerai pas. Y'avait un petit hotel de rien juste à côté, elle est passée devant moi,, magistrale, je l'ai suivie, le taux fixe au plus haut, surfant sur la vague. La chambre, je ne m'en souviens même plus. Par contre elle et moi... ça a été l'effet snowball, genre lucy in the sky, niveau 5 assuré. Depuis mon taux me démange encore plus. Je suis obligé de la voir toutes les semaines. Elle est devenue ma drogue, en bon financier, j'ai troqué ma triste vie contre une autre triste vie, mais cette fois effet garanti et profits profitables !

fix2

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