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Revoir les orties

Il n'y a pas d'orties ici. Pourtant, je les cherche, parfois je crois en déceler. Mais il s'agit toujours d'une autre plante.
Je crois que cela me manque, c'est comme les bruyères et les genêts.
Leurs parfums qui irriguent le paysage, qui me rattachent à mon histoire. Ce sont des images de mon enfance.
Paysages de rocailles, de côteaux en cette vallée de l'Eyrieux dont je ne connais finalement que quelques bouts. Paysages de plateaux du Vivarais pour sa fraîcheur et ses prémices du gerbier ou du Mézenc. Ce sont des souvenirs d'un autre temps, comme les tapis de violettes sous le sous bois, en bordure de la vallée du Rhône, sur les premières pentes du massif central.
J'ai du ici, oublier. Oublier de couper un genêt pour en faire un fouet. Oublier de saisir quelques tiges drues, quelques bouquets vert. Oublier d'hésiter entre les cuisiner pour mes hôtes du soir, où les réserver pour un moment à moi.
Je suis nue. Tout proche coulent les sources. Voilà plusieurs jours que le vent soufflait. Ce petit matin, il semble s'être enfin endormi. J'ai écrit, beaucoup écrit. J'essaye de faire ce qui me semble impossible. Une somme de pages qui deviendront un roman. Je verrai bien s'il devient un livre. J'en serait fière de ce livre. Il me suffirait qu'il puisse être édité et jamais vendu. Il trônerait dans la bibliothèque. Et puis voilà, ce serait tout. Je suis nue à parcourir le jardin. Le soleil n'a pas encore fait son œuvre destructrice en cette journée annoncée comme la plus chaude de la semaine. Ici, c'est ma solitude. Je peux être nue comme bon me semble dans la maison qui a vu naître mon père et grandir mes oncles et mes tantes. Elle est loin cette histoire là. Désormais, c'est chez moi. Je suis nue, et j'ai envie. J'ai envie de baise. C'est violent et subit. Comme souvent. C'est quelque chose d'étrange pour moi. Je bascule dans un autre moi qu'il me faut étancher. Alors je m'abreuve. D'abord les pensées, l'imaginaire, revoir mes amants, mes amantes, revoir cette étrange femme homme me caresser de ses mots vulgaires et me prendre de sa queue factice et monstrueuse, par le cul, par le con. Jouir et décoller quand doucement elle se met à me fourrer en me traitant de truie toute sale et baveuse à fourrer. Revoir ces deux hommes aimés que j'ai sucé au milieu de la nuit dans une douceur que j'aurais voulu sans fin. Sentir sa plume caresser mon dos dans ce squat occupé et brûler du regard des hommes tapis dans l'ombre. Me souvenir de la lame du couteau, la trouver belle et désirable, avoir envie de lui comme ressentir un coup de poing dans le ventre. Vouloir sentir mon sang pulser en écho de cette violence et prendre la lame, la faire glisser dans la paume de ma main et la retirer d'un coup sec, le sang se répandant sur le carrelage rude et froid.
Il y a sur le muret une paire de gants, je m'en saisis. Il y a ces orties que j'aurais dû arracher depuis longtemps. Pourtant, non, elles sont là. Alors je m'en saisis, les arrache pour former un grand bouquet et sans hésitation, comme un automate sans réflexion, je caresse mon ventre tendre, mes petits seins denses, et mon sexe mielleux de ces feuilles nombreuses. C'est léger, d'abord, puis cela prend de l'ampleur, toute la tête, tout mon antre, mon ventre palpite, cela irradie, et j'ai envie, j'ai envie, j'ai envie de me mettre à quatre pattes, de montrer mon cul à quiconque pour recevoir la fessée de ma vie à en chialer comme jamais. Les larmes aux yeux je commence à taper, à frapper, à fouetter. Je tombe à genoux dans l'herbe encore parée de sa rosée. Je finis par poser mon bouquet éclaté. Enlever les gants dans un empressement maladroit et je me branle, je frotte les doigts, je me branle, ma main ébranlant mon sexe qui se répand en fontaine, une main posée contre le sol, les cheveux cachant mon visage pour toucher le sol. Me voilà nue, repue pour quelques temps. Allongée sur le sol. Il me manque quelque chose, comme toujours lorsque les choses viennent ainsi, sans crier garde.
C'était l'an dernier. Les derniers jours chez moi. Aujourd'hui, je regarde le lagon. Je ne suis pas chez moi. Pas de genets, pas d'orties, pas de violettes, ni de bruyères. Ce ne sont pas mes terres. C'est peu de choses ce qui fonde un monde, une vie, un lien à la terre. Ici le lien se fait à la mer, dans un monde sans odeur lorsque l'on découvre les trésors que cachent les fonds marins. Tout cela me manque, toutes ces personnes qui ont fait mes nuits me manquent terriblement, ceux et celles que j'aime. J'ai envie. Envie de rentrer, de vous retrouver, de revoir les orties.

Commentaires

  1. Oui la nostalgie du passé. Tout le monde la ressent. Il faut quand même s'efforcer à ressentir la beauté de toutes choses: cette nature que tu as sous les yeux en ce moment. Elle deviendra forcément une nostalgie du passé dans le futur :)

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