Approche

Cet après midi
Je veux que vous prépariez vos sens à m'accueillir comme il se doit
Je ne vous veux pas patiente, je vous veux impatiente
Je ne vous veux pas passive, je vous veux dévorée par l'attente
Je vous veux désireuse d'offrir votre peau à la caresse de mes mains
Je vous veux vêtue de rien sous votre tenue du jour
Je vous veux brulante à la seule idée de découvrir comment mes mains vont effleurer votre corps
R. 

Les consignes étaient d’une précision incontestable, je la voulais à moi. Je voulais qu’elle me prête son corps sans aucun artifice, je savais parfaitement qu’elle cèderait à cette troublante demande. Cela je n’en avais aucun doute. Mais bien plus que cela ce que je désirais c’était qu’elle se livre à moi, entièrement, sans aucune condition. 

12h00 aujourd’hui, dernier mail avant notre première rencontre. Elle ne sait rien de moi. Je ne sais rien d’elle. Nous ne connaissons que nos mots.

Une clef vous attend. Hôtel Beaumarchais. Chambre 402. A
16 heures, vous m’y attendrez vêtue, les mains de part et d’autre de la grande fenêtre donnant sur la cour intérieure, votre regard scrutant au loin le bleu du ciel pacifié, jambes écartées, le buste vers l’avant, les hanches légèrement en retrait, votre cul saillant.
R. 

Sa réponse ne tarda pas, ses mots me faisaient incontestablement bander. 

Je suis impatiente de vous découvrir
Pour dompter cette impatience, j'évoque la patience
Pour conjurer l'emprise dont vous m'enveloppez, je me prétends sage
Les sens déjà agacés par l'attente de vous lire, je m'occupe à une tâche rébarbative.
Elle me permet de m'évader pour me préparer à accueillir ces mots
Elle laisse couver l'incendie qui peu à peu embrase mon ventre, mon cou, mes seins
Oui, je frissonne d'impatience dans l'attente de vous rencontrer.
Chaque nouveau message me fait tressaillir
Forte, prégnante est l'envie de vous lire, de laisser glisser les mots sur ma peau comme une caresse de vous
Alors je ferai ce que vous voulez
Sous le tailleur noir que je porte aujourd'hui, dans quelques instants, je vais laisser mes seins libres frottant le tissu d'un léger caraco prune, pour aller déjeuner. L'incendie les gagne déjà. Je me prépare ainsi à vous retrouver
Je me prépare pour vous, dévêtue à vos yeux, sans crainte et sans pudeur. Ardente dans l'agacement des heures qu’il me reste encore à épuiser, de la lenteur que vous mettrez à me rejoindre. Je sais que vous prendrez votre temps. Déjà je croise et décroise mes jambes, mal à l'aise devant ce clavier.J'ai besoin de vos caresses aujourd'hui
J'ai besoin de bruler sous vos mains
J'ai besoin que vous attisiez ce feu
J'ai besoin d'un vent fort qui me renverse dans l'enfer
B.

15h30, je m’installe à la terrasse du café jouxtant l’hôtel Beaumarchais. Je savoure cet instant où chacun de nous peut encore fuir devant la brulure des mots que nous nous sommes échangés. Hier il faisait de grandes pluies, aujourd’hui je profite d’un soleil encore timide mais déjà conciliant, les yeux rivés divaguant au hasard de la rue. Jusqu’à présent aucune femme n’a franchi la porte de l’établissement. Trouvera t elle la force d’aller à sa propre découverte ? Moi je n’ai plus le choix, je suis bien ici, et je ne compte pas faire demi-tour. J’aime détailler les gens qui passent autour de moi, j’aime imaginer leur vie, leurs conversations personnelles, je vois au loin une jolie petite femme, soignée, classique, brune, 40 à 45 ans, sensuelle. Son visage me charme, je devine son corps, attirant. Elle avance d’un pas hésitant, cherchant du regard les numéros des immeubles qui se présentent à elle. Cette femme me plait, un tailleur noir, jupe sobre, je me prends à rêver que c’est elle, j’aimerais déjà la croquer, la conquérir. Elle se rapproche de moi, me dépasse. Veste entrouverte, caraco prune, c’est elle. Elle est fébrile, pressée, presque tendue. Je m’amuse de sa fébrilité alors qu’elle pousse la porte vitrée de l’hôtel. 

Je laisse filer le temps, doucement, sereinement, j’avale chaque gorgée de mon nectar de pêche lentement, pour mieux saisir cet instant de l’avant. Ce moment où ni elle ni moi ne pouvons fuir devant l’évidence de l’instant imminent. Je me lève. Cette fois je sens mon cœur s’emballer. Je le laisse faire, après tout, lui aussi a bien droit à quelques cavalcades. Il m’accompagne, ne cessant sa chevauchée, je m’engouffre dans le minuscule ascenseur. Je ferme les yeux, tente de saisir les effluves des parfums abandonnés dans ce réduit trop petit pour les laisser s’échapper. J’en devine un. Peut être le sien. 4ème étage. Il est encore là. Chambre 402. J’ouvre. Toujours là. C’est elle. Tailleur noir, caraco prune, sa veste posée sur la chaise, son sac à main sur le bureau. Je referme la porte sans la perdre de vue. Elle sursaute comme arrachée à ses pensées. La position est exactement celle que je lui ai demandée. Parfaite. Vêtue d’apparence, mais parfaitement nue. Elle le sait, le tissu n’est qu’une frontière bien fragile qui n’interdit nullement la sensation d’être plus que nue sous le regard de l’autre. Je ne m’approche pas. Je me mets à nu, presque nu, délaissant chaussures et chaussettes, je veux que mon approche se fasse à pas de loup. Je pose veste et chemise, je veux qu’elle puisse sentir la chaleur de mon torse. J’abandonne ma montre, je ne veux pas voir le temps s’écouler, je préfère le rendre aveugle. 

Je m’approche. Ni bas, ni collant. J’aime cet éclair de nature que laissent deviner ses jambes dénudées prises dans ses talons printaniers, une bribe de cuir enserrant délicatement ses chevilles. Ses cheveux forment un joli carré sur sa nuque à demi dénudée. Proche. Tout proche. Ma respiration sur sa nuque, chaude, brulante, et pourtant un frisson. Sa tête s’incline vers l’avant. Est-ce pour laisser la vague parcourir son échine ? Est-ce le signe d’un abandon ? de la peur ? Elle reste silencieuse. Je lui suis gré de ce silence. Je ne veux plus de mots, dominés par le corps, ils doivent désormais se faire silencieux. Ce sont mes mains qui deviendront licencieuses et non plus mon verbe. Elle, toujours immobile, la position ne lui est pas confortable, curieuse impression que son centre a glissé dans son bassin, giron lourd d’écume qui tire son ventre vers le bas. Je me penche légèrement, pose quelques doigts légers sur la peau lisse entre mollet et cuisse, ce petit plat si tendre, envie de le mordiller. Je n’en ferai rien. Je remonte, mi griffure, mi caresse, le tissu de la jupe s’immisce absolument indécent entre ses jambes. Le tissu ne protège de rien, certitude délicieuse. J’entends son souffle, son corps se tend. Se laissera-t-elle emporter par la caresse d’un inconnu ? Ses pensées comme son cœur doivent s’affoler en tout sens. Entre la folie des sens et la folle indécence de la situation. Mais il n’est plus possible de se soustraire. Conclusion évidente. Lèvres gonflées d’un désir impérieux. Chatte mouillée, trempée, liquéfiée, conclusion évidente. Elle gémit. Que croit-elle ? Que pense-t-elle ? Cherche-t-elle à deviner mon cheminement ? Tout comme moi, se voudrait-elle télépathe ? Je n’aurais pas de réponse. Mais je sais ce que ma main vient de trouver à l’instant. Je ne fais qu’effleurer, je ne désire pas la pénétrer. Je m’arrête là ainsi, faisant le vide, détaillant sa croupe à moitié dévêtue par cette main impudique. 

Je fais quelques pas, la laissant chancelante, le corps alerté, l’esprit désorienté. Je sens qu’elle hésite à se retourner. Curiosité de poser un visage sur le guide de cette main décadente. « Non », le seul mot que je lui glisserai à l’oreille. Elle se fige. Je regrette d’avoir brisé ce silence, je la sens se raidir, ne sachant quelle interprétation donner à ce corps traqué, je lui glisse un chaste baiser sur la nuque. Dans l’instant, elle s’apaise, se détend. Un à un je prends ses poignées entre mes mains, doucement, délicatement, lentement je les ramène le long de son corps. Elle se redresse, femme libre et fière d’avoir passer cette première épreuve, cette première rencontre. Un bandeau de soie, fraiche sensation glissante et fraiche sur sa peau jusqu’aux yeux. Elle s’est laissée faire, elle dégage désormais une sérénité qui me guidera jusqu’à mon départ. J’entreprends d’effacer les couleurs sobres des tissus qui la parent. Elle est cette fois nue sous mes yeux, terriblement émouvante. Nouvelle Ève, féminité au sommet de son art. Je la contemple, elle n’est pas mon œuvre, elle appartient à tous les hommes. 

Je défais le lit, lui prend la main, la guide pas à pas, allongée sur ce grand drap blanc je vois sa peau se troubler à nouveau d’un frisson lancinant, frisson décuplé par les gouttes de crème que je dépose en de multiple point de son corps. Après l’avoir aiguisée, sens alertés, je veux désormais l’apaiser, la combler. Mes mains se mettent à relier chaque goutte blanche en un trait de peinture irisé tantôt blanc, laissant apparaître la peau au fil de sa progression. La fraicheur succède à une douce chaleur. Je me suis installé à ses côtés, jambes croisées, lotus sensoriel. Les minutes s’égrènent et son corps ne m’offre plus aucune résistance. Mes mains diffusent en elle des couleurs chaleureuses, ocres, rouges orangés, prune bleutées. Et je poursuis le dessin. Une main posée sur l’épaule, l’autre partant de ses fesses bombées pour ramener la peau par trainée un peu plus haut. J’aime la masser, son corps me communique des ondes enivrantes, impression de flottement, je voudrais poser mon visage sur son ventre pour qu’elle puisse glisser sa main dans mes cheveux. Je me concentre, elle laisse échapper par instant de petits sons qui me prouvent le bien être que je lui procure. Les épaules et le dos laissent place aux jambes fuselées. Je saisis sa cheville gauche, levant légèrement sa jambe, faisant glisser ma main sur le devant remontant vers le genou, répétant ce geste dans toute sa longueur à plusieurs reprises. Je fais de même pour sa jumelle. La peau est douce. Je lui baise le pied. Baiser insoumis marquant la royauté de l’instant. Mon pouce appuie sur chacune des deux voutes creusant un sillon qui n’imprime pas la peau en surface, mais transmettant tous les signaux de l’abandon à sa maîtresse femme. 

Je repose délicatement les jambes à même le drap, douce caresse du tissu, mes doigts ne quittent pas cette peau, je maintiens le contact, je ne veux pas la perdre et je chemine plus haut, m’attardant à nouveau sur les épaules, enserrant la nuque, pénétrant la coupe, réduisant les dernières parcelles de résistance à rien, le crane entre mes mains, cette fois elle s’est envolée me tenant la main en pensée, gardant ce fil, graduelles sensations d’une peau à l’autre, d’un monde à l’autre. Et doucement, prudemment, je quitte ce nid soyeux pour en chercher un autre, plus doux, plus chaud, plus humide, plus tendre. Mes mains se posent sous le ventre. Elles impriment un mouvement imperceptible, invisible mais ressenti, elle se retourne. Me fait face. Je ne peux résister à cette contemplation. La soie la préservant de la lumière, je vois ses lèvres rougies, légèrement humectées. Je reprends mes esprits. Mes mains se font caresses, elles entourent de belle collines, dessinent à nouveau les courbes de son corps comme pour lui offrir une dimension supplémentaire. J’oublie vite ma destination première. Des effluves d’épices me rappellent à l’ordre. La caresse se poursuit, chemine à nouveau, frôlent l’aine, mais se poursuivent, remontent, descendent, dénivelé positif, montée de sang, je vois ses hanches s’élever à chaque passage des mes doigts, recherchant une caresse que je ne lui offre pas. 

Elle se consume, s’attise, brule, demande, j’entends sa voie pour la première fois, « s’il te plait », simplement « s’il te plait ». Je ne peux résister, je ne veux pas résister plus longtemps. Mes doigts ne perdent pas le contact, glissent sur ses jambes, saisissent avec délicatesse ses chevilles, je les place, dispose les jambes, grand V de toute part ouvrant le chemin de son intime palpitant. Mes mains serrant tendrement ses chevilles remontent sous ses cuisses comme une vague que rien n’arrêtera, je me penche vers elle, place mes mains sur ses hanches et c’est ma langue qui désormais prend le relais. Elle ne formera aucun mot, juste des dessins, des formes invisibles, des circuits tenaces, appuyés, plus légers, susurrés. Je m’abreuve. Que j’aime cette sensation. Goûter à l’autre, le savourer, l’entendre défaillir, supplier, se contracter, ses mains rejoignent les miennes pour la première fois, et je lèche cet antre qui m’est offert, et elle sert mes mains plus fort encore, j’insiste, elle serre, j’appuie de toute mes forces, envie d’imprimer sa peau, envie de la tatouer de ma langue cannibale, envie d’elle plus que tout, saccades, vagues, déferlantes, je sens son corps vaciller, son souffle arythmé, très longue plainte aigüe qui me comble de lui avoir prodigué ces caresses enivrantes. J’aime ses mots, j’ai aimé sa peau, j’aime nos échanges sulfureux, j’ai aimé le souffre de sa chair. Maintenant place à la lumière. Je l’embrasse tendrement et lui retire son bandeau de soie. Elle me regarde les yeux vagues, humides, me sourit. Quel magnifique après midi.

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Photo : Crawy et Hello2Lu

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