Accéder au contenu principal

Un coeur au creux des hanches #2

Une pointe douce mais acérée la réveilla subitement de sa torpeur. Les portes de l’ascenceur s’étaient refermées, son petit cœur s’était réveillé. Elle fut surprise, décontenancée. Elle avait apprivoisé cet ami magique dans son intimité, dans cette pièce qu’aucun amant n’avait foulé. Mais là, le lieu était autre, public, ouvert à tous, et surtout un autre était à ses côtés. La fulgurance fut totale, son petit cœur, ce dessin si naïf, se mit à battre au plus profond de ses hanches, propageant dans son antre ce rythme qu’elle aimait tant depuis quelques nuits. Quelle douce chaleur… quel embarras. Comment cacher le trouble qui venait de l’envahir de façon si entière. Elle avait la pénible impression d’être complètement dénudée, sans pouvoir ne rien faire, ni fuir, ni se cacher. Elle devait vérifier, elle devait regarder cet homme et trouver dans son regard la preuve que celui-ci ne devinait rien de sa folie. Elle trouva cette force qu’elle ne se connaissait pas. Elle avait toujours préféré fuir comme une petite fille qu’elle se refusait d’abandonner. Avant de lever la tête, elle regarda une dernière fois son reflet dans le miroir. Son image était si curieuse, impression palpable d’éclat, une beauté troublante. C’était si inadéquat, elle se trouvait là, prise par l’envie la plus intime, à côté d’un inconnu, son image aurait du refléter la peur. Au contraire elle rayonnait d’assurance et d’une beauté si féminine, instinctive.

Son regard se détacha enfin, doucement, elle était forte. Elle ne craignait plus le regard des autres. Et lorsqu’elle vit le regard de cet homme quasi-inconnu, elle su. Elle su sans aucun mot que leurs regards resteraient prisonniers et libres l’un de l’autre. Il avait dans ses yeux de cuir la même lueur que la glace lui avait renvoyée avant de quitter son visage pour celui de cet homme. Un lien invisible venait de raccrocher leurs deux mondes. Ils ne surent pas réellement ce qui se passa par la suite, mais ils vécurent leur premier instant, petite magie échappée d’un quotidien qui les avait enfermés, effacés aux yeux du monde. Dans un silence apaisant, le monde était suspendu à leurs lèvres. Aucun son. Rien. Le calme le plus total. Aucun mot mais cependant tant d’eux s’enfuyait de leurs êtres. Son cœur battait au creux des hanches, il cavalait dans son sein, elle le voulait, elle le désirait non pas comme un objet. Elle le voulait parce qu’elle savait qu’il était là pour elle, qu’ils étaient là pour eux.

Lui ne fuyait pas. Elle ne se cachait plus. Ils étaient en dehors de tout mais dans toute chose à la fois. Etrange chose que de s’abandonner à celui que l’on espère. Leurs lèvres enfin, sans un mot, scellèrent la magie de cet instant. Peu de temps après, elle tenait en sa main l’homme espéré, le guidait dans son foyer, lui offrait sa chambre. Un écrin dans lequel elle avait tant de fois renoncé à espérer inviter son prince. La petite princesse aux rondeurs encombrantes venait d’assurer sa mue, elle était femme. Si belle, irrésistible, certaine que cet homme la comprenait. Son cœur ne palpitait plus, il impulsait continuellement, il l’innondait, il la poussait, lui montrait la voie. Il rentra dans cette pièce comme si les lieux lui était incontestablement connus sans jamais la quitter des yeux. Il la déshabilla le plus lentement possible. Enjoignit ses mains autour de son visage constellé d’étoiles rousses. Et rejoignit à nouveau ses lèvres aux siennes. Le rythme se fit sourd. Il était le même en elle, le même en lui. Parfaitement accordé. Parfaitement synchrone. Le sang affluait sur leurs lèvres aux rythmes de leurs cœurs enlacés.

Une douceur exténuante s’emparât d’eux, l’esprit embué, le regard devint flou, ils s’échouèrent nus l’un contre l’autre. Une île vierge. Un espace inconnu. Toujours aucun mot. Ils n’avaient plus qu’un seul vocabulaire celui que faisait remonter leur cœur à la surface de ces deux âmes. Elle parcourait ce corps si neuf d’une main caressante, un geste doux, certain. Elle apprenait à lui parler. Elle apprenait que deux êtres pouvaient s’offrir sans mot. Il était exactement là, comme s’il l’avait toujours été. Son cœur vif marqué au creux des hanches l’irradiait comme jamais aucune des 7 nuits précédentes ne le lui aurait laissé imaginé. Il était exactement au même emplacement. Lui aussi portait le même dessin d’enfant au creux de ses hanches, un petit cœur émouvant qui rythmait ses gestes et ses baisers pour qu’ils se confondent à ceux de cette femme lumineuses. Cette découverte n’avait pas été une surprise, tout été si irréel. Ses courbes généreuses, cette femme ample, cette inconnue révélée, elle lui offrait toutes les promesses, il perdait pied, ils perdaient têtes, elle s’abandonnait à lui comme à elle, ils étaient là et plus jamais leurs regards ne se quitteraient, leurs cœurs multiples évolueraient au même rythme, sur le tempo le plus juste celui qui fait dire aux amants qu’ils ne pouvaient que se rencontrer, l’histoire était écrite comme un joli conte de Noël. Un Noël d’amour et de passion.

Commentaires

  1. Même après tout ce temps, ce texte me bouleverse encore. Il est merveilleusement beau, ce texte...

    RépondreSupprimer
  2. Au risque de paraître immodeste, c'est vrai qu'elle est belle cette histoire.
    Merci pour vos mots cher Ange.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Un monde en soi

Chaque chose était vivante. Chaque chose était mémoire. Chaque objet était une part d'elle. Chaque objet était elle. Elle était ces objets. Ils étaient elle, sa propriété, son domaine, son monde à elle. Disposer des choses était une nécessité absolue de sa vie. Les faire siens c'était maîtriser un monde, un univers qui lui était propre, univers secret, inconnu, inabordable pour quiconque n'aurait pas été dans sa peau ou dans sa tête. Qui saurait déchiffrer le sens que prenait pour elle cette large tête sculptée qui trônait fièrement à proximité de son lit ? Travaillée dans un bois de noyer aux teintes ambrées, cette crinière sauvage prenait à ses yeux l'écho d'une chevelure de femme s'ouvrant partiellement sur le front équidé d'un animal aux naseaux puissants et au regard fier, un regard porteur de mythes aux chevauchées et aux combats fantastiques. Qui pouvait comprendre que l'anthracite et le gris de lave des tapis épais qui gisaient en rectangles sé…

La nuit rêve à l'aube

Vent glacial tempête au dehors Gris neige et pluie, chacun passe Marche et vite Sâle lumière blême de l’aube Les noctambules sont restés
Au lit
Souffle chaud fondant comme de l’or Nuit rouge et carmin, charnelle masse Battements vifs Belle lueur faible crépuscule Les amants ont retrouvé
La vie
Ils sont là au dehors les bourlingueurs Du marché les mains glacées Légumes d’hiver Le nez rouge sans l’alcool Les dormeurs sont encore à rêver
Leur nuit
Ils sondent l’intérieur le vrai bonheur De l’étreinte les mains chaudes Mangue charnue Les coeurs vibrent à l’aube Il est temps de sombrer dans nos rêves
A l’aube

L'intime et les jeunes femmes

Peut-être l'avez vous déjà vu chez Dita, pour dire vrai, je me dis que les quelques qui lisent mes quelque mots doivent nécessairement lire ceux de Dita. Notre salon de thé est parfois partagé. Pour dire vrai aussi, je ne sais pas même à qui je m'adresse. Une vingtaine de passant, quelques têtes connues sans doute, mais qui d'autre ? Une question qui n'appelle pas de réponse. STOP !! j'arrête de digresser, je gâche tout.

Chut, installez-vous, laissez-vous porter :