jeudi 23 septembre 2010

Emotional landscape

Une nuit de pleine lune. Calme. Douce. Sereine. Un ciel légèrement voilé. Insuffisamment pour empêcher l'éclat de la lune de baigner le paysage d'une clarté bienfaisante. Un paysage d'alpage. Une grande prairie en pente douce logée au creux des montagnes. La nuit est tiède. Une grande pierre plate comme un miroir de lune. A l'abri de celle-ci, une petite fleur, une pensée sauvage.
 
Malgré la tiédeur de la nuit, ses pétales sont refermés vers l'intérieur. Elle est dans l'attente d'un soleil de mois d'août, prête à exploser de toutes ses couleurs chatoyantes à la première caresse matinale. Elle sent un souffle, un léger trouble qui l'invite à s'ouvrir, à déployer ses pétales. C'est encore trop tôt. La caresse est agréable, légère, sensible. C'est un petit papillon blanc. S'est il perdu dans la nuit ? Est-ce le parfum sucré de la belle petite pensée sauvage qui l'a convié si tôt à ses côtés ?
 
Il papillonne doucement, prend son temps, l'effleure, joue avec elle. Se pose à l'orée cuticule. Attend. Il cherche à s'imprégner du parfum, le devinant plus que le savourant. Quelques battements d'ailes et voilà que la fleur commande à ses pétales de laisser écouler un peu de son nectar. Cadeau inespéré, inattendu.
Puis, plus rien. Le papillon s'est envolé. La fleur se sent seule. Elle aimait cette présence, cette promesse sensuelle.
 
Des frissons la parcourent. Un frémissement de vie, une fraicheur vive. Le ciel se dévoile, les étoiles s'estompent, la lune donne la main à son âme frère, le soleil. La rosée s'égaye comme des petits points de lumière cristallins. La couleur des sommets se teinte d'une robe d'un rose ocre. Une nouvelle nature s'éveille.
 
Plus lumineuse, moins secrète. Comme un drap qui glisserait soyeusement sur la peau d'une femme en renaissance, les ailes d'un ange protecteur, la finesse de ses hanches désirables, son cul rond comme son âme soeur la Lune. Et enfin, un rayon s'échappe, se pose sur la petite pensée sauvage, perdue sur les hauteurs de la clairière, proche d'une pierre plate diffusant en elle jour et nuit une chaleur salvatrice.
 
Un rayon brise le dessin des écrins de pierre. Un raie prophétique tranchant le paysage émotionnel d'une teinte d'un opaque éblouissant. Il enserre la petite fleur comme une main sur une peau inconnue mais déjà aimée et aimante.
 
Toute la beauté de ce geste se communique en elle, prend corps dans toute sa sève. La nuit solitaire est déjà effacée. La pensée sauvage offre au regard des herbes folles ses plus belles couleurs. Du violet vers le bleu, des bleuets aux violettes, irisées de tâches de soleil d'un joli jaune piquant, des grains de beauté sur une peau parcheminée de frissons d'aube.
 
La chaleur est belle, elle est bonne, cicatrisante, elle efface le passé, elle l'estompe pour laisser place au nouveau jour, au jour premier, proche du Lac Blanc.
Ses pétales s'ouvrent, un à un, son corps fragile se déploie, prend toute sa place dans le drapé naturel du cœur de Savoie. Une petite chose fragile et délicate qui, enfin, bat au cœur des éléments. Son parfum se fait plus attirant, une envie de vie, une pulsation apaisante.

Soudain, un nouveau frôlement. Elle le reconnaît. La nuit a laissé des traces dans sa mémoire sensorielle. C'est ce papillon blanc. Il n'était pas loin. Il était posté sur la pierre plate, fondu dans les lichens pour mieux l'observer, la caresser du regard. Elle. Si belle dans la nuit, si petite chose au milieu de ce grand tout, si grande chose pour sa première journée à venir.

Un rayon comme la main rassurante d'un homme, un frisson comme les doigts plumes sur une peau offerte, une caresse comme une langueur humide ouvrant la fleur. Les beaux pétales s'ouvrent à tous les vents, bouquets de baisers, juste pour son souffle à lui, petit papillon blanc fait pour sa pensée sauvage.

jupon

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